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    De la Suède à l’Italie : des élections au goût de droite (extrême)

    Différentes élections en Europe - en Suède et en Italie - voient l’extrême droite progresser de manière fulgurante. De partis minoritaires à partis de gouvernement, les nationalismes ont de beaux jours devant eux à la tête des Etats.

    Ce mois de septembre 2022 est marqué par différents événements politiques à l’échelle européenne : l’Italie ou encore la Suède connaissent des changements de chefs de gouvernement qui marquent un véritable tournant vers la droite conservatrice, voire l’extrême droite. Les Démocrates de Suède sont en passe d’arriver au pouvoir, tout comme Fratelli di Italia grâce à des coalitions de droite.

    La Suède bascule dans l’extrême droite 

    Après le bal du 5 septembre au Royaume-Uni, la Suède continue la danse, le 11 septembre, avec des élections législatives anticipées. La coalition de gauche, au pouvoir depuis huit ans, a perdu sa place au profit de la coalition de droite – dont le parti néonazi les Démocrates de Suède dirigé par Jimmie Akesson. Selon les résultats définitifs, le bloc de droite obtient 176 sièges contre 173 pour le bloc de gauche sur les 349 mis en jeu à la proportionnelle. La droite devra donc composer avec l’extrême droite pour gouverner.

    Depuis le mois de janvier, la police a recensé près de 250 fusillades et une quarantaine de morts liés aux gangs. Le parti d’extrême droite en a profité pour flâner sur les thèmes de l’insécurité et de la lutte contre l’immigration, notamment celle en provenance des pays musulmans. Leur objectif est de limiter les entrées tout en accroissant les expulsions. Alors que le parti entrait pour la première fois à la chambre en 2010 avec 5,7 %, ils obtiennent aujourd’hui plus de 20 % – devenant ainsi le deuxième parti du pays. Les conservateurs, les libéraux et les chrétiens-démocrates se disent désormais prêts à gouverner avec ce parti afin d’éviter un nouveau gouvernement minoritaire, relaie Ouest France. 

    Pour Anaïs Voy-Gillis, docteure en géographie sur la montée des nationalismes en Europe à l’Institut Français de Géopolitique, les Démocrates de Suède sont devenus crédibles alors que « les droites traditionnelles sont en perte de vitesse dans toute l’Europe ». Cette alliance « permet à l’extrême droite d’arriver au pouvoir, et à la droite de se maintenir », analyse-t-elle, expliquant en même temps une des raisons à cette progression des partis d’extrême droite sur le continent européen. 

    Ces élections intègrent un agenda politique important alors que le pays souhaite intégrer l’OTAN en réponse à la guerre en Ukraine, et doit prendre la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne dès le 1er janvier 2023. « Si c’est un parti d’extrême droite qui est au pouvoir, l’agenda européen ne sera pas le même : les questions migratoires seront plus centrales que les sanctions russes, par exemple. Mais leur influence reste limitée, ils ne peuvent qu’influencer l’agenda politique », avance Anaïs Voy-Gillis. Et d’insister : « Ils veulent détricoter l’Union européenne de l’intérieur ». 

    Giorgia Meloni, leader de Fratelli di Italia, incarne la nouvelle extrême droite italienne. Son parti est crédité de près de 25 % des suffrages. © Giorgia Meloni/FACEBOOK

    L’héritage de Mussolini en tête des sondages

    De l’autre côté de l’Europe occidentale, la vague brune agite également la vie politique italienne. Dimanche 25 septembre, Fratelli di Italia (Frères d’Italie) a recueilli 26% des voix aux élections législatives, contre 8% pour ses partenaires de coalition, la Ligue d’extrême droite de Matteo Salvini et le parti conservateur Forza Italia (FI) de Silvio Berlusconi. Pour la première fois depuis 1945, en Italie, un parti post-fasciste est arrivé en tête aux législatives.

    Giorgia Meloni, cheffe du parti Fratelli di Italia, pourrait donc bien devenir la prochaine Première ministre italienne à la tête d’une coalition des droites : celle de Berlusconi avec Forza Italia, l’extrême droite de Matteo Salvini avec la Ligue. Cette romaine de 45 ans a hérité d’une formation intimement liée au Mouvement social italien (MSI), fondé en 1946 par des partisans de Benito Mussolini : l’emblème de la flamme vert-blanc-rouge l’illustre. 

    Ayant obtenu 26% des voix aux dernières élections, Fratelli di Italia est pourtant un parti néo-fasciste, et ce malgré l’effort de dédiabolisation mené par Giorgia Meloni. D’autant que la leader a, dès ses 15 ans, rejoint les jeunesses du MSI, Mouvement social italien, héritage du parti fasciste de Mussolini. Elle souhaite faire de la lutte contre « l’islamisation » et l’immigration ou « la défense et la promotion des racines et identités historiques et culturelles classiques et judéo-chrétiennes de l’Europe » ses priorités. Elle se positionne, par ailleurs, contre le mariage et l’adoption par des couples homosexuels. 

    Pourtant, d’après Anne Marijnen, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’Université Paris 8 et spécialiste, entre autres, de l’Italie contemporaine : « La loi actuelle sur l’immigration est l’héritage de ces partis et est entrée en vigueur en 2002 [suite à la coalition avec la droite de Berlusconi dans les années 1990]. Ils veulent durcir les conditions d’entrée. Ils fonctionnent sur l’urgence », explique-t-elle.

    Ainsi, Giorgia Meloni et sa coalition entendent non seulement renforcer la loi déjà existante, mais aussi renouveler les accords avec la Libye, pourtant connue comme un pays violant les droits humains, voire modifier la liste des pays dits « sûrs ».

    « Elle ne donne pas de solution pratique sur la gestion migratoire », estime Anne Marijnen. « [Ils agitent] le chiffon rouge pour attirer des voix ». Pour la chercheuse, « cette campagne est une repolitisation de l’immigration. Avec l’arrivée des élections, l’agenda de la politique migratoire est revenu au centre : c’est un outil pour conquérir les électeurs ». 

    Même si la coalition obtient plus de 45 % des voix – contre quelque 28,5 % pour la gauche – selon les sondages, la politique qui sera réellement menée dépendra entièrement du rapport de force entre les partis : « C’est une coalition avec un accord de gouvernement, mais cela ne veut pas dire qu’ils vont être d’accord sur tout », avance-t-elle.

    Crédit photo illustration : Jimmie Akesson lors d’un meeting le 1er juillet 2015. © Per Pattersson/FLICKR

    Mise à jour : jeudi 15 septembre à 15h20.

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