S’inspirer et s’affirmer : quand la technologie aide les réfugiés

Des camps de fortune à l’insertion professionnelle, la technologie permet aussi l’émancipation des personnes réfugiées. Rencontre avec des ONG et des associations qui utilisent en France comme à l’étranger le numérique pour accompagner les exilés.

Abdallah Hassan et Ludivine Aurelle


Le programme Tech 4 Women a déjà formé une douzaine de femmes réfugiées aux métiers du numérique. Crédit : Techfugees

Plus de 669 000 migrants sont aujourd’hui présents en Libye selon l’ONU. Le pays est devenu une zone de non-droit depuis la chute du régime de Mouammar Khadafi. Depuis 2014, les viols envers les hommes emprisonnés et les réfugiés, femmes et hommes, sont monnaie courante. C’est à partir de ce constat que Céline Bardet, présidente de l’ONG We Are Not Weapons Of War a choisi de tester son application mobile Back Up. Il s’agit d’une plateforme sécurisée qui permet de se signaler si on a subi des violences sexuelles. « On veut pouvoir identifier les victimes et leur proposer des services adaptés » , explique-t-elle.

L’application Back Up devrait être déployée dans cinq nouveaux pays. (Capture écran WWoW)

Une application qui libère la parole et les victimes

L’activiste a souhaité développer Back Up après des années d’expérience sur le terrain. « Je voyais bien qu’obliger les victimes à se déplacer pour parler de ce qu’elles avaient subi n’était pas la bonne solution », insiste Céline Bardet. La honte, la culpabilité, le traumatisme sont plus faciles à surmonter derrière un écran. En quelques mois l’application a déjà fait ses preuves en Libye. 600 signalements de viol ont été comptabilisés, dont ceux d’hommes, qui n’auraient probablement pas osé en parler de vive voix. En plus de rencontres avec des médecins locaux, la plateforme offre aussi un suivi juridique des victimes, afin d’engager des plaintes pour crime de guerre. Back Up devrait se déployer prochainement dans d’autres pays en crise comme la Guinée, la Centrafrique et l’Irak. « On aimerait aussi couvrir la route des migrants, jusqu’en Europe », explique Céline Bardet, alors qu’une campagne de financement est en cours avant le lancement officiel en juin prochain.

Céline Bardet lors d’une visite en Libye en 2012 – Crédit : WWoW  

Le numérique : un secteur clé pour les exilés

D’autres associations ont misé sur la technologie comme facteur d’épanouissement. Bibliothèques sans Frontières a ainsi installé dans plusieurs camps de réfugiés au Moyen-Orient, au Burundi ou encore à Lesbos en Grèce, une médiathèque en kit autonome énergétiquement, la Ideas Box. Elle contient des livres, jeux, films et du matériel informatique. De quoi offrir un meilleur avenir aux exilés, selon ses concepteurs. Sa présence est devenue un point de repères et de partage pour les habitants. Le partage, c’est aussi le maître mot chez Techfugees France. L’association rassemble professionnels du numérique et réfugiés, autour de hackathons ou de leur programme #TF4Women.

« Les femmes sont moins présentes dans les programmes de développement et d’inclusion », explique Joanna Kirk, présidente de Techfugees France. D’où l’envie de créer un programme entièrement dédié aux réfugiées. Pendant six mois, une quinzaine de femmes suivent des cours sur les métiers du numérique (développement, marketing digital, gestion de projet). Un milieu professionnel qui n’a pas été choisi au hasard : « C’est celui qui se développe le plus et qui cherche à se diversifier en recrutant des profils internationaux », insiste Joanna Kirk.

Des rencontres inspirantes

En plus des cours sur le digital, les membres du programme sont mises en relation avec des employeurs et des femmes entrepreneures. « J’ai trouvé cela très inspirant. Je n’avais pas vu beaucoup de femmes oser se lancer », se souvient Rola Charkieh, des étoiles dans les yeux. Cette réfugiée palestinienne de 41 ans, arrivée en France en 2016, a participé à Tech For Women l’année dernière. Elle en retire une expérience positive. « J’ai pu me créer un réseau professionnel, mais aussi y rencontrer des amies ». Suivre les cours lui a permis de s’intégrer plus vite et de « mieux comprendre le marché du travail français ».

Rola Charkieh, réfugiée palestinienne, a suivi le programme Tech 4 Women en 2018. Crédit : Ludivine Aurelle

Les connaissances que Rola a acquises pendant le programme lui servent aujourd’hui dans son travail. « Je suis en alternance en Responsabilité sociale et environnementale (RSE) dans une banque et on cherche toujours à innover. »  Elle souhaite également les mettre à profit dans quelques années pour réaliser un projet qu’elle a en tête. « J’aurai besoin d’utiliser mes compétences en marketing digital à ce moment-là », prévoit-elle. Suivre un programme dédié au numérique lui a ouvert le champ des possibles. Encouragée sur le plan professionnel, elle espère pouvoir bientôt prendre son indépendance et quitter le foyer social où elle est hébergée.

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