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Jérusalem-Est : au coeur des violences policières quotidiennes à Issawiya

Depuis mai 2019, la police israélienne soumet les résidents d’Issawiya à des raids et à des arrestations quotidiennes. Personne ne semble comprendre le but de ces opérations, police incluse.

Depuis Jérusalem, Laure Playoust


Un soir de décembre 2019, j’ai suivi une maraude à Issawiya, avec pour fond sonore le bourdonnement du drone de la police survolant en continu au-dessus des habitations.

Issawiya, c’est ce village palestinien situé en bordure de Jérusalem. Occupé depuis 1967, il a été rattaché à la municipalité de Jérusalem en 1980. Quelque 20.000 palestiniens y vivent dans des conditions de surpopulation et d’insalubrité, mais surtout depuis le printemps 2019, dans un climat de peur perpétuelle face aux violences policières quotidiennes.

En huit mois, plus de 600 résidents âgés de 10 à 18 ans ont été arrêtés. A l’origine des tensions en mai 2019, plusieurs raisons sont citées par les habitants : volonté des autorités d’imposer le programme scolaire israélien dans les écoles, mise en place de nombreux check-points mobiles et contraventions données sous n’importe quel motif.

Face au renforcement des opérations militaires, les habitants d’Issawiya organisent une protestation dans les rues du village le 27 juin 2019. Mohammed Obeid, 20 ans est tué, accusé d’avoir jeté des pétards sur les forces de l’ordre.

Deux enfants rentrent chez eux en vélo, ils s’arrêtent au passage des voitures dans la rue centrale d’Issawiya, très pentue et étroite.

La tension monte encore d’un cran quand l’émission « Jerusalem District », une série-documentaire sur la police de Jérusalem, cache une fusil M16 dans la maison de Samer Sleiman,habitant d’Issawiya, pour filmer la fausse découverte de l’arme. Le propriétaire découvrira l’instrumentalisation dont il a été l’objet, quand l’un de ses voisins l’aperçoit à la télévision et lui demande des explications. Pourquoi ni lui, ni sa famille n’ont été inquiétés s’il cachait un M16 ? Samer Sleiman présentera plus tard le rapport de police qui a fait suite à la fouille : il ne mentionne aucunement la découverte d’une arme. Depuis, l’épisode a été retiré et la police s’est excusée sur Twitter.

Avec ce climat de tension, les parents, inquiets, ne laissent plus sortir leurs enfants seuls. Khader Obeid, directeur du collège d’Issawiya, explique dans Times of Israel avoir plus le sentiment d’être un « gardien » qui empêche les frictions entre les élèves et la police, qu’un directeur d’établissement.

Pourquoi un renforcement des opérations aussi important ?

Micky Rosenfeld, porte-parole de la police explique dans Haaretz que la protection des alentours qu’il juge « sensibles » est nécessaire. A savoir : l’Université Hébraïque, l’hôpital Hadassah Mont Scopus et la route 1 menant à la mer morte, en passant par un grand nombre de colonies.

Côté palestinien, Muhammad Abu Hummus, directeur du comité des parents d’élèves a expliqué au Times of Israel « Ils savent que nous rejetons l’occupation ici. Ils essaient donc maintenant de nous faire accepter progressivement le statu quo, mais cela n’arrivera jamais »,

Muhammad Abu Hummus, directeur du comité des parents d’élève explique la situation et ses conséquences sur les jeunes d’Issawiya.

Dans cette ambiance extrêmement tendue, des ONG Israéliennes telles que Yesh Din et Free Jerusalem organisent des maraudes nocturnes. L’idée est simple : tenter de limiter les violences policières par leur simple présence et le fait qu’ils filment et photographient les interactions entre la police et la population.

Chaque soir, ce sont donc entre cinq et vingt personnes qui marchent dans les rues d’Issawiya pendant plusieurs heures pour tenter de faire descendre le niveau de violence, souvent accompagnées de certains habitants d’Issawiya.

Un palestinien d’Issawiya s’est joint à la maraude et nous raconte l’histoire du jeune garçon de 17 ans à sa gauche, arrêté plusieurs fois par la police.
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