“On ne quitte pas son pays par choix” : le cri du cœur d’artistes mexicains

Réalité géographique, sujet imaginaire ou encore site de production, la frontière est tout cela à la fois. La Maison folie Wazemmes à Lille a invité quarante artistes contemporains à exposer leurs œuvres qui interrogent la frontière américano-mexicaine. Nous avons demandé à trois d’entre eux de poser devant leur production et de nous expliquer ce qu’elle induisait pour eux.

Sara Farid et Nina Gheddar


Alejandra Anton

Pourquoi une chaise ? Parce que j’ai voulu créer ce mobilier pour les Mexicains qui vivent à l’étranger, avec cette idée qu’en s’asseyant dessus, ils retrouvent un peu du pays qu’ils ont quitté. Cette chaise pour moi, c’est mes terres “.

Représenter la frontière, et plus largement, les destins migratoires, est bien au cœur du travail d’Alejandra Anton.

Nous devons aborder ces sujets en tant qu’artistes mexicains. Pour une raison simple : nous venons tous d’ailleurs. C’est ainsi que le pays s’est constitué. Ma famille est originaire d’Espagne, et à son arrivée au Mexique, elle s’est sentie bien accueillie. Nous devons faire de même, c’est une tragédie de diviser des familles. On quitte pas son pays par choix“.

Einar et Jamex de la Torre

Devant leur table à la somptuosité décadente, qui fait face dans un contraste violent à des images d’embarcations échouées, les deux frères de la Torre expliquent leur réflexion. ” Nous avons voulu déployer sur cette table ces artifices luxueux comme écho au colonialisme américain, qui a pillé les indigènes“.

Outre une critique d’une société de l’hyper-consommation, les frères de la Torre insistent sur le militantisme social de leur art. “Notre studio est installé à la frontière avec les Etats-Unis, nous sommes témoins directs de ce qu’il s’y passe. L’Europe fait face au même problème de la crise d’accueil des migrants, et mène elle-aussi une politique de l’exclusion. Nous ne le dirons jamais assez, mais les individus ne quittent jamais leur foyer par plaisir. La politique doit donc enfin s’adapter et faire davantage preuve non seulement d’humanisme, mais aussi de sens logique“.

Betsabée Romero

L’art comme activité de résistance à la vitesse. Telle est la devise de Betsabée Romero. “J’ai fait ce travail de mémoire avec les pneus, en les stylisant avec une iconographie précolombienne, afin de montrer ce que l’histoire avait écrasé“.

Cela fait vingt ans que Betsabée Romero travaille sur les questions migratoires. “La frontière, ce n’est pas simplement une réalité géographique. J’aime à étudier ces traces que les migrants emportent avec eux. Chacun a sa propre mémoire comme tatouée en doré sur lui. L’histoire du Mexique depuis 500 ans est le récit d’un mélange. Cessons de le considérer comme quelque chose qui nous divise“.

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