« On ne peut pas rester à sa place face à un Etat défaillant » : Zoom sur le BAAM Festival

« Nous aimons manger, faire la fête et parler politique. De façon ludique et sexy. » Et c’est dans cet état d’esprit que l’association du Baam (pour Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants) organise son premier festival le 7 septembre prochain, aux Docks de Paris, à Aubervilliers. Rencontre avec sa présidente, la juriste Héloïse Mary.

Nina Gheddar et Mortaza Behboudi

« Nous souhaitons éviter que les villes ne se dédouanent », insiste la présidente du Baam, Héloïse Mary, dans les jardins des Grands voisins (leur bureau actuel).

Avec sa programmation alléchante et éclectique (Nekfeu, Nach, Jain, Youssoupha, Dinos…), des stands-up d’humour (carte blanche à Shirley Souagnon), des débats et des expositions d’artistes migrants, l’association a pour dessein d’attirer un public jeune, urbain, issu des quartiers populaires, qui ne participe pas nécessairement aux actions en faveur des migrants.

Et pour le moment, le pari est plutôt réussi : 4000 places ont été vendues en un temps record. Avec cette programmation, l’association entend bien inciter à l’engagement. Et de reprendre le slogan d’Act Up : « la lutte est sexy, rejoignez-la ». Cette journée festive et revendicative s’attachera à décortiquer les stéréotypes qui collent aux nouveaux arrivants, en offrant notamment un débat sur la représentation des migrants dans la presse.

Né en novembre 2015 à l’initiative d’un groupe de soutiens, suite à l’évacuation du lycée Jean Quarré à Paris, le Baam poursuit ses combats pour un meilleur accueil des personnes en proposant des cours de français, un soutien juridique, un accompagnement social… Parmi ses revendications, l’association demande notamment le retrait de la circulaire Dublin III ou la suppression de la liste des pays dits sûrs de l’OFPRA.

Lutter contre les « murs de papiers »

Par la voix de sa présidente, la juriste Héloïse Mary, l’association n’hésite pas à demander des comptes aux municipalités, les mettant face à un double-discours. « Nous souhaitons éviter que les villes ne se dédouanent. Nous ne sommes pas des opérateurs d’Etat, nous ne recevons aucune subvention, nous attendons que les politiques tiennent leur engagement. Comment se fait-il qu’une ville comme Paris, avec une majorité à gauche, soit à ce point adepte des murs ? Pas besoin d’aller aux Etats-Unis, la France regorge de camps avec grillages et barbelés. La Chapelle bien sûr, mais aussi le camp de Treil sur Seine (78) où 500 Tibétains sont entassés ».

En plus de ces murs physiques, Héloïse Mary déplore la constitution de « murs de papier », ces barrières invisibles et insidieuses qui rendent les combats administratifs des nouveaux arrivants particulièrement éprouvants. Après quatre ans d’existence, l’association a rencontré un echo au sein de la population. Des onze bénévoles initiaux, ils sont désormais plus de 1500 adhérents, issus d’horizons divers mais (jeunes, chômeurs, avocats, médecins, migrants ou non).

Le conseil d’administration est par ailleurs composé pour moitié de personnes migrantes, « car il s’agit de faire avec eux et non seulement pour eux », insiste Héloïse Mary.

Le Baam le promet, il n’en a pas fini d’en découdre avec les autorités. Et, en plus de pérenniser ses activités, il entend participer à la création d’un réseau de collectifs et d’associations de terrain pour continuer à interpeller. « Car on ne peut pas rester à sa place, lorsque l’on fait face à un Etat défaillant », conclue Héloïse Mary.

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