« Montrer le Mexique que l’on ne veut pas voir » : rencontre avec le collectif Tlacolulokos

Qu’est-ce qu’être un migrant ou un indigène aujourd’hui dans des villes américaines comme Los Angeles ou mexicaines comme Oaxaca ? Descendants des indiens Zapothèques, les artistes Dario Canul et Cosijosea Cernas du collectif Tlacolulokos, exposent en ce moment leur travail à Lille. Rencontre.

Sara Farid et Nina Gheddar


Cosijosea Cernas (à gauche) et Dario Canul (à droite) devant l’une de leurs peintures murales (originellement exposées à Los Angeles) ici au musée de l’hospice Comtesse de Lille.

Mettre en lumière les mélanges culturels entre leur ville, Oaxaca, et la Californie. C’est l’objectif des peintures murales monumentales exposées en ce moment à Lille par le collectif Tlacolulokos. Ils entendent mieux parler de l’expérience singulière d’une communauté qui vit des deux côtés de la frontière.

Guiti News : L’ambition du collectif pour cette exposition en France est donc, en partie, de changer l’image du Mexique ?

Dario Canul : Exactement, ce travail est là pour représenter un autre Mexique, celui qu’on ne veut pas voir, celui de ceux qui habitent la rue, qui travaillent tous les jours. Notre réflexion tourne beaucoup autour du déplacement des personnes. On continue à percevoir l’immigration d’une mauvaise manière, alors qu’il s’agit simplement d’une quête d’une vie meilleure.

Nous nous intéressons donc aux individus qui migrent partout dans le monde, mais traitons aussi de la fierté de rester sur son territoire, de lutter dans son pays. La fierté de ces gens, de nos villages, de nos traditions, c’est aussi de ne pas abandonner son pays dans l’espoir d’une meilleure vie, mais de lutter de chez soi pour qu’elle soit meilleure ici-bas.

Cosijosea Cernas : Une grande partie de notre travail tourne autour du mélange des cultures, des allées et venues des idées, des concepts, des comportements, qui se partagent dès lors qu’il y a migration. Cette migration mentale et physique a beaucoup inspiré notre travail. A Oaxaca, de nombreuses personnes émigrent vers les Etats-Unis, à Los Angeles en particulier. C’est pour cela que nous nous sommes concentrés sur ces deux villes.

Mais justement, ces trajectoires migratoires entre les Etats-Unis et le Mexique se sont durcies avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir …

Dario Canul : Le problème a toujours existé et existera toujours. Les personnes qui génèrent de la haine seront toujours au pouvoir. Nous choisissons de travailler depuis nos tranchées, depuis notre pays, en évitant de se confronter à ce type de personnes, pour ne pas accroître la violence, le sentiment nationaliste. Nous ne voulons pas nous préoccuper de ce que les individus avec des considérations raciales aux Etats-Unis peuvent penser.

Cosijosea Cernas : Le nationalisme est à éradiquer, comme le fascisme. Cela n’avance à rien. Aujourd’hui, il s’est implanté dans le pays le plus capitaliste du globe, et influence ainsi le monde entier. Il faut lutter contre cela.

Outre la mise en lumière des destins des migrants, votre travail fait aussi la part belle à la technologie, ou plutôt son rapport à la tradition mexicaine…

Dario Canul : La relation qui existe entre notre travail et la technologie est la même que celle entre les villages et les grandes villes, qui concentrent ces dites technologies, les modes, la consommation. Les individus voient la consommation comme une forme de bonheur : plus c’est cher, plus ça nous rend heureux.

Nous migrons en quête d’une meilleure vie. Et cette quête se reflète aussi dans le choix de nos téléphones, de nos vêtements, mais aussi dans une certaine forme de fierté de nos origines, de nos racines, et donc dans nos tatouages. Ces tatouages traditionnels mexicains représentent la nostalgie, celle d’un pays lointain. Sur la peau, ils marquent à l’encre indélébile leur pays pour ne jamais oublier d’où ils viennent.

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