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Violences policières et personnes exilées: perspectives croisées entre la France, la Grèce et l’Allemagne

En 2020, une kyrielle  « d’incidents » à l’encontre des personnes exilées a jeté une lumière crue sur certains comportements policiers. Dans le même temps, des journalistes travaillant sur le sujet migratoire ont été empêchés de documenter la réalité du terrain et, ont parfois été poursuivis pour avoir fait leur travail. De la tristement célèbre “jungle” de Calais à l’évacuation de campements de fortune dans le centre de Paris, des manifestations “Black lives matter” dans différentes villes allemandes à la destruction du plus grand camp de réfugiés du continent, sur l’île grecque de Lesbos, les cas de violences à travers l’Europe ont été condamnées par des ONG, à l’instar de Reporters sans frontières. Collaboration transfrontalière entre Guiti News (France), Kohero (Allemagne) et Solomon (Grèce), cet article propose de se pencher sur une tendance inquiétante et croissante de violences policières au cours de l’année précédente, à la fois à destination des personnes en exil et des professionnels de l’information.

Un article écrit en collaboration par les rédactions (travaillant sur la migration) de Guiti News, Kohero Magazine et Solomon Mag – Laure Playoust, Stavros Machiludis et Anna Heudorfer / Photos : Laure Playoust, Illustration : Kohero Magazine


Le cas de la France :

Calais, comme miroir de la violence

La violence de la police envers les personnes en exil ne date pas de 2020. Elle a d’abord été très médiatisée à Calais, ville du nord de la France, constituant une zone de passage obligatoire pour les individus en partance pour la Grande-Bretagne, et devenue le plus grand “bidonville” d’Europe en 2016. Avant de retomber hors-champ ces dernières années.

Le sujet est revenu sur le devant de la scène fin novembre 2020, en plein cœur de Paris. Quand quelque 300 personnes exilées qui avaient installé leur tente sur la symbolique place de la République – suite à l’évacuation du campement de Saint-Denis quelques jours plus tôt- ont été violemment chassées. Coups, gazage, humiliations et chasse à l’homme ont duré jusque tard dans la nuit. Les journalistes présents couvrant l’événement ont également été durement pris à partie.

Un cycle de violence qui dure depuis cinq ans

Dès 2015, les associations se mobilisent pour mettre en lumière le traitement violent réservé aux personnes exilées. A l’instar de Calais Migrant Solidarity, qui en mai de la même année, met en ligne une vidéo montrant le comportement violent des CRS à l’égard de  personnes migrantes. Celles-ci tentaient de monter dans des camions sur la rocade menant au port de Calais, afin de prendre le ferry pour l’Angleterre. L’IGPN ( Inspection générale de la Police nationale, ndlr) avait été saisie. 

En décembre 2018, un rapport de quatre associations (Utopia 56, l’Auberge des migrants, Refugee Info Bus et la Cabane Juridique) dénombrait «244 actes de violences policières» à l’encontre des personnes exilées sur l’année. Le rapport évoquait également «389 cas d’abus de pouvoir des forces de l’ordre, dont 52 accompagnés de violence ». 

La violence – verbale et physique- ainsi que la traque, sont deux méthodes que la police semble plébisciter ces dernières années, dénoncent les associations.

François Gemenne, chercheur spécialiste de la gouvernance des migrations, considère ainsi que les violences envers les personnes en exil sont devenues « une norme dans la mesure où on fait de chacune de ces évacuations une opération de communication avant tout ». Et d’assurer à nos confrères d’Infos migrants : le gouvernement souhaite « dissiper l’impression qu’il mènerait une politique laxiste de laisser faire les migrants ». 

La police entoure les pompiers qui éteignent un feu, durant l’évacuation du campement de personnes migrantes. Saint-Denis, le 17 novembre 2020. Photographie par Laure Playoust / Hans Lucas.

La stratégie de la traque quant à elle, consiste à invisibiliser les personnes, à nier leur existence en les repoussant sans cesse « hors de nos villes, de nos frontières, hors de nos champs de vision avec l’objectif de les rendre invisibles », ajoute le chercheur, enseignant à Sciences Po, dans le même entretien. 

Concernant les personnes concernées, elles ont sonné l’alerte à plusieurs reprises. Notamment dans une lettre ouverte, transmise le 16 novembre 2020 au préfet du Pas-de-Calais. Des hommes érythréens en exil à Calais y dénonçaient les violences subies, répétées et gratuites : « Les CRS font de nos vies un enfer ! ». Des violences qui se seraient intensifiées depuis le début du deuxième confinement en novembre dernier. Et ce groupe de 150 personnes – occupant le « lieu-dit BMX » à Calais – de fustiger : « un pays démocratique ne peut pas être considéré comme tel s’il utilise la force physique de cette manière ».

Toujours à Calais, le 11 novembre dernier un ressortissant érythréen a été gravement blessé au visage, suite à un tir de LBD40 (lanceur de balles de défense 40mm).  Ni l’utilisation de ce matériel de guerre, largement décrié par les organisations de défense des droits de l’homme, ni le gazage ou les coups n’ont été commentés par l’exécutif.  

Le 23 novembre 2020, à Paris, les images de l’évacuation des 300 personnes en exil installées temporairement place de la République, choquent, révoltent. Pourtant, dans le nord de la France et particulièrement à Calais, la brutalité est quasi quotidienne insistent les associations contactées.

Les journalistes entravés dans leur travail : obstruction et intimidation

Mardi 5 janvier 2021, deux journalistes français, Simon Hamy et Louis Witter ont vu leur requête en « référé-liberté » rejetée par le tribunal administratif de Lille.

Leur objectif ? Dénoncer l’entrave à la liberté d’informer. Il leur a été impossible de couvrir les évacuations de campements de personnes en exil.

A l’origine de cette procédure, le refus qui leur a été opposé à cinq reprises pour accéder aux sites démantelés à Grande-Synthe, Calais et Coquelle les 29 et 30 décembre 2020.

Leur demande auprès du tribunal visait donc à obtenir une autorisation d’accès aux sites pour réaliser leurs reportages.

Lors de la décision, le juge des référés a considéré que « les requérants n’avaient fait état d’aucune nouvelle intervention d’évacuation en cours ou à venir, à laquelle ils envisageraient d’assister, et qu’il a été indiqué en défense par les représentants des préfectures du Nord et du Pas-de-Calais que les évacuations étaient terminées »

Une manière de ne pas répondre à la question de fond sur l’entrave à la liberté d’informer, alors que le 29 décembre dernier, Louis Witter avait publié sur ses réseaux sociaux des photos montrant des équipes de sécurité lacérant les tentes des personnes migrantes à coups de couteaux le matin d’une évacuation.

Les journalistes de Guiti News ont pu faire le même constat lors de l’évacuation du campement de Saint-Denis en novembre 2020. Il avait fallu se rendre sur place avant l’arrivée de la police à 4 heures du matin. Le campement avait ensuite été nassé. Les reporters ne pouvaient pas quitter les lieux. Et n’ont ainsi pas pu accéder à la zone de fouille et d’embarquement à l’extérieur du campement, où les personnes exilées étaient fouillées avant de monter dans les bus. C’est à cet endroit que des violences ont été dénombrées.

Ces divers empêchements ont une incidence sur les reporters et leur façon d’envisager leur métier. Louis Witter tient à relativiser son rapport à la police sur le terrain

«On reste en France quand même, je n’ai pas peur pour moi, ni pour mon matos» (matériel, ndlr). Mais d’autres confrères, et notamment parmi les journalistes en exil, disent une peur nouvelle du terrain. A l’instar de Sara Farid, photo-reporter pakistanaise, qui s’est résolue à ne plus traiter le sujet. « Techniquement, personne ne peut m’arrêter. Mon travail est légal et il y a la liberté d’expression. Mais si j’ai des problèmes en France, où vais-je aller ? »

« Hausse inquiétante de pressions contre les journalistes »

En parallèle, l’inquiétude monte en France face à la loi « sécurité globale » et son tristement célèbre article 24 qui prévoit un an de prison et 45.000 euros d’amende pour « diffusion de l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en mission lorsque celle-ci vise à porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

Le Conseil de l’Europe a appelé le Sénat à amender le texte, considérant que la loi porte « atteinte à la liberté d’expression » tandis que les Nations Unies, saisies par la Ligue des droits de l’homme, a appelé la France à revoir sa copie. Les français se sont fortement mobilisés dans un climat de manifestation toujours plus violent depuis début 2021. Le 18 mars dernier le Sénat a adopté la proposition dite de “sécurité globale” après avoir totalement réécrit l’article 24 créant un nouveau délit de “provocation à l’identification”. 

Pour rappel, dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières de 2020, la France figure au 34ème rang (soit deux places de moins qu’en 2019). L’ONG remarque  «une hausse très inquiétante d’attaques et de pressions contre les journalistes. Nombre d’entre eux ont été blessés par les tirs de LBD (lanceurs de balles de défense) ou de gaz lacrymogène des forces de l’ordre». 

Tandis qu’il est de plus en plus ardu pour les reporters de faire leur travail sur le terrain, la confiance des français envers les médias est au plus bas. Le rapport du Reuters Institute pointe ainsi que « la confiance dans l’information en France est désormais la plus faible (24%) d’Europe, en raison de la couverture des manifestations des Gilets jaunes ».

Le cas de l’Allemagne :

quid du profilage racial au sein de la police

L’Allemagne n’a pas de Calais ou de Lesbos. Principalement parce que moins de personnes exilées parviennent à atteindre le pays, étant arrêtées aux frontières. Mais cela ne signifie pas qu’elle n’est pas pour autant confrontée à des problématiques similaires en termes de biais racistes et de restrictions infligées aux journalistes. Outre-Rhin, l’enjeu selon le média Kohero, se situe donc plutôt au niveau du manque d’informations disponible.

Des cas isolés et des rapports individuels suggèrent qu’il existe bien un problème quant au comportement de certains policiers envers les personnes en exil, et plus largement envers les personnes racisées. Toutefois, cet accès restreint à la fois des journalistes et des chercheurs, rend les preuves difficiles à examiner. Contactée, l’ONG Reporters sans frontières considère que cela constitue une menace pour la liberté de la presse.

La mort de George Floyd par un policier aux Etats-Unis a également fait éclater des manifestations “Black Lives Matter” dans différentes villes en Allemagne. Elles ont déclenché un débat sur le comportement de la police vis-à-vis des personnes de couleur et sur le profilage racial. Au cours du débat, la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (ECRI) a suggéré une étude scientifique au sein de la police afin d’examiner la situation actuelle concernant les biais racistes.

Le ministre de l’intérieur, Horst Seehofer (du parti de droite conservatrice l’Union chrétienne sociale), a empêché la réalisation de cette étude, arguant vouloir éviter que tous les policiers soient soumis à une suspicion générale. Pour justifier sa décision, il s’appuie sur le fait que le profilage racial est interdit par la loi et n’existe donc pas au sein de la police. Ce qui est interdit n’a pas besoin de faire l’objet d’une recherche : tel est son argumentaire. 

Mais, d’autres événements sont venus alimenter le débat : plusieurs incidents d’extrémisme de droite parmi les policiers sont devenus publics. Ils ont diffusé des discours de haine contre les personnes migrantes, réfugiées et musulmanes dans des groupes de discussion. Des vidéos de policiers violents ont également surgi sur Internet.

Un exemple actuel de pratiques policières racistes est incarné par l’enseignant noir Philip Oprong Spenner. Le 22 novembre 2020, il a failli être arrêté dans son école “Am Heidberg” à Hambourg; tandis qu’il travaillait tard. Un badaud l’ayant vu traverser le bâtiment, la police est immédiatement intervenue avec quinze agents lourdement armés. Ceux-ci ont refusé de croire que Philip Oprong Spenner était un employé – même s’il avait les clés du bâtiment – . Cette rapidité d’action et la propension à le considérer comme un intrus questionnent nécessairement. Est-ce lié à sa couleur de peau ?

Traduction du tweet : «Vivre en tant que personne noire à St Pauli, un quartier branché de Hambourg, n’est pas une partie de plaisir. Vous êtes constamment contrôlés ou fouillés par la police. Barakat H. en a eu assez et a décidé de poursuivre la ville de Hambourg en justice pour profilage racial.»

Malgré un grand nombre d’événements de cet acabit, le ministre Seehofer ne voit toujours pas la nécessité d’une étude sur le racisme au sein de la police, pour persister à considérer ces incidents comme des « cas individuels ». D’autres politiciens, notamment du parti SPD (parti social-démocrate), ont, eux, souligné l’importance d’une telle analyse. Ils ont été soutenus par le directeur de l’Association allemande des officiers de la police criminelle, qui a déclaré que l’empêchement de l’étude était une erreur, car cela donnait l’impression que la police avait « quelque chose à cacher ».

Fin mot de l’histoire ? Le ministre Seehofer a accepté de lancer une enquête, mais en l’orientant sur la vie et les pratiques quotidiennes de la police. En somme, en occultant le racisme comme un sujet central.

Seuls 2% de plaintes pour comportement violent d’un policier parviennent au tribunal

Cela nous ramène au postulat de départ : un conséquent manque de chiffres. Un rapport de l’Agence fédérale pour l’éducation civique montre que, depuis le début des années 1990, des études sur le profilage racial ont été réalisées, notamment des recueils de cas isolés et des études d’observation, des enquêtes sur les attitudes envers les personnes étrangères parmi les policiers et les policières, ainsi que des enquêtes auprès d’adolescents d’origine turque.

Toutes suggèrent que le racisme constitue un problème structurel au sein même de la police. Mais, comme le concluent les auteurs du rapport, il existe de grandes lacunes quant à la manifestation et la propagation des attitudes et des pratiques discriminatoires. Des pans entiers du travail policier restent hermétiques : de la surveillance aux interrogatoires.

« Les processus bureaucratiques ralentissent la recherche dans ce domaine », appuie Anne Renzenbrink, attachée de presse de Reporters sans frontières. Les lois sur la liberté d’information sont censées permettre aux journalistes d’accéder à ce type de données, mais il existe encore des États fédéraux qui, jusqu’à présent, ne disposent d’aucune directive pour normaliser ces opérations.

Même dans les États où des réglementations ont été mises en œuvre, diverses exceptions empêchent les représentants des médias d’obtenir des rapports détaillés. « Le problème est que, jusqu’à présent, il n’existe pas de loi nationale garantissant l’accès aux informations sur les bureaux du gouvernement et les autorités comme la police », poursuit Anne Renzenbrink.

Aucun doute pour Reporters sans frontières, « il s’agit d’une menace pour la liberté de la presse ». D’où la nécessité pour le gouvernement de permettre plus de transparence dans ce domaine. Ce que nous savons, c’est que seulement 2% des plaintes déposées pour comportement violent de la part d’un policier parviennent jusqu’à un tribunal. Le plus souvent, cela est dû là encore à un manque de preuves. Aussi, parvient-on à la répétition d’un schéma bien connu : « c’est sa parole contre la mienne ».

Insister sur les droits des médias lors des formations de policiers

Similairement à la France, l’année 2020 a été marquée par une conséquente augmentation du nombre de violences dirigées contre les représentants des médias, en particulier lors des manifestations contre les restrictions dues au Covid-19. Cette violence se produit le plus souvent lors de la couverture de manifestations de la droite populiste. 

Dans ce contexte, il est du devoir de la police de permettre une procédure sûre pour les médias. « Les représentants des médias sont censés rendre compte de ces manifestations. C’est d’intérêt public – c’est pourquoi ils devraient pouvoir travailler librement », fustige Anne Renzenbrink. Pourtant, les rapports confirmés par Reporters sans frontières montrent que, dans de nombreux cas, la police non seulement ne protège pas les reporters contre les manifestants violents, mais fait aussi activement obstacle au travail journalistique. 

« Bien que la situation se soit améliorée ces dernières années, certains policiers semblent malheureusement, encore et toujours, ignorer les droits des représentants des médias », complète Anne Renzenbrink. Ces situations vont de l’interdiction faite aux reporters de franchir des barrières, à la menace de garde à vue en passant par l’émission d’injonctions pendant les manifestations. En conséquence, un nombre croissant d’associations de journalistes observe ces évolutions avec inquiétude, car elles restreignent «fortement la liberté journalistique ». 

Dans le but d’améliorer les interactions entre les policiers et les journalistes, les principes de conduite pour les médias et la police édictés en 1993 ont été mis à jour. Reporters sans frontières appelle cependant à davantage d’actions : « Il faut mettre l’accent sur le droit des médias lors de la formation des policiers en Allemagne. Les hommes et les femmes de la police doivent savoir comment traiter les professionnels de l’information dans ces scénarios », souligne l’attachée de presse de l’ONG. 

Jusqu’à présent, les associations de journalistes et les écoles de police n’ont collaboré que de manière sélective, lorsque la réalité indiquait une « carence structurelle ». C’est pourquoi des initiatives à l’échelle nationale visant à dispenser une éducation complète sur cette question pourraient permettre d’amorcer un progrès qui préserverait la liberté de la presse dans toute l’Allemagne. Toutefois, Mme. Renzenbrink souligne que l’éducation seule ne suffit pas : « Les autorités doivent veiller à ce que ces principes soient correctement appliqués dans la réalité ». 

Le cas de la Grèce :

une couverture médiatique restreinte après la destruction de Moria

Lorsque Moria, le plus grand campement de personnes exilées d’Europe, a été détruit en septembre 2020, la police grecque a imposé des restrictions aux journalistes qui couvraient la situation de plus de 9 000 demandeurs d’asile. Ces restrictions ont été présentées comme temporaires, mais elles sont toujours en vigueur.

Le 2 février dernier, Reporters sans frontières a publié un rapport avertissant que les recommandations récemment publiées pour le maintien de l’ordre dans les manifestations étaient « susceptibles de restreindre les reportages des médias et l’accès à l’information ». L’ONG a ainsi exhorté « les autorités grecques à revoir les lignes directrices en consultation avec les représentants des journalistes du pays », qui avaient été absents de leur ébauche.

Quelle en est la raison ? Sur la base d’un décret présidentiel, la police grecque avait présenté quelques jours plus tôt le nouveau manuel de ses tactiques opérationnelles lors des manifestations, spécifiant que les journalistes devraient désormais couvrir les manifestations et évènements depuis une zone spécifiée par les autorités.

Si la raison officielle invoquée est le souci de leur sécurité, les reporters de tout le pays s’interrogent sur les véritables motifs de cette décision, qui s’apparente à une tentative de contrôle de l’information. Marios Lolos, ancien chef du syndicat des photo-journalistes, déclare ainsi que « Dans 99 % des cas, les attaques à notre encontre ont été le fait de la police elle-même ». 

Depuis que le parti conservateur “Nouvelle démocratie” a repris le pouvoir en 2019, les atteintes à la liberté d’informer se font grandissantes, notamment sur la question de l’accueil des demandeurs d’asile.

Limiter l’accès à l’île de Lesbos

Capture d’écran du reportage vidéo réalisé par Léa Gorius pour Guiti News “Incursion dans le nouveau camp de Kara Tepe

Le 8 septembre 2020, de multiples incendies ont détruit le camp de Moria, le plus grand et le plus tristement célèbre camp d’Europe jusqu’aujourd’hui. 

Dans les jours qui ont suivi, un grand nombre de journalistes représentant différentes publications internationales, étaient présents sur l’île de Lesbos, effectuant des reportages sur la route côtière où plus de 9.000 demandeurs d’asile dormaient. 

Progressivement, la police a commencé à interdire aux journalistes l’accès à la zone où les personnes en déplacement étaient en attente. Alors que l’explication officielle fournie était qu’une opération était en cours, il a été prouvé par la suite que ce n’était pas le cas. Dans au moins un cas, un journaliste, Iason Athanasiadis, qui se trouvait sur l’île en mission pour le quotidien allemand Die Welt, a été poursuivi en justice, et dans d’autres cas, des reporters repérés dans la zone ont été contraints de la quitter par des agents sans uniforme.

De nombreux journalistes ont mis en lumière ces pratiques, parmi lesquels Katy Fallon (journaliste des médias anglophones), Marina Rafenberg (correspondante de médias français) – et six organisations de défense de la liberté de la presse dont l’Institut international de la presse (IIP), la Fédération européenne des journalistes (FEJ), le Centre européen pour la liberté de la presse et des médias (ECMPF) ou encore Article 19.

Comme l’a rapporté Solomon, un mois après l’incendie, l’accès au nouveau camp était toujours restreint, les autorités invoquant le COVID-19 ou la protection des données personnelles pour répondre négativement aux demandes des médias.

Dans un geste qui pourrait rappeler la pratique susmentionnée pendant les manifestations, un endroit délimité a été désigné pour les journalistes, juste en face de la porte du nouveau campement construit à proximité de la mer.

Les reporters étaient ainsi censés travailler à l’extérieur de la grande installation. Les médias pro-gouvernement, comme l’agence d’État AMNA (Athens Macedonian News Agency), ont, quant à eux, été autorisés à entrer, escortant les fonctionnaires du ministère pendant leurs visites.

Un environnement hostile dans les îles de la mer Égée

Depuis le 4 février, 6 824 demandeurs d’asile vivent dans la nouvelle installation temporaire qui remplace le camp de Moria. 

Au total, 4 474 autres personnes résident dans les quatre autres îles de la mer Égée (Leros, Kos, Samos, Chios), dont un grand nombre dans des conditions tout aussi difficiles, exposées au froid, à la pluie et au vent. De même, à Lesbos, les rapports sur les questions liées à ces conditions restent largement limités. 

En outre, en 2020, différents cas ont été signalés. Le 19 octobre, une équipe de journalistes documentaires allemands a été arbitrairement arrêtée à Samos, et quelques semaines plus tard, trois reporters indépendants allemands ont été détenus sans charge pendant plusieurs heures par les garde-côtes helléniques à Lesbos.

Alors que le gouvernement grec invoque des raisons de sécurité liées au Covid-19 pour limiter l’accès des médias aux camps de réfugiés, les populations des camps vivent également dans un confinement en constante expansion, voyant leur accès à l’extérieur limité depuis un an. 

Cela a conduit les demandeurs d’asile à documenter eux-mêmes les conditions dans lesquelles ils vivent ; de l’adolescente Parwana Amiri, dans le camp de Ritsona en Grèce continentale, aux comptes Twitter diffusant les images des tentes inondées dans le nouveau camp de Lesbos.

Quelques semaines seulement avant la publication de cet article, cinquante images de camps ont été largement partagées sur les médias sociaux, sur la base de photos inquiétantes prises par les résidents eux-mêmes, l’accès des médias à ces derniers étant toujours limité. 

Pour information, la Grèce est classée 65e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020 de RSF.

Cet article a été écrit en collaboration avec les médias indépendants Kohero Magazine (Allemagne) et Solomon Mag (Grèce)

Le site de Kohero Magazin

Le site de Solomon Mag