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Turquie : une nouvelle agression, miroir d’une hostilité grandissante envers les réfugiés syriens

En Turquie, le premier pays d’accueil des syriens dans le monde, l’hostilité à leur égard est grandissante. Dernière manifestation en date ? Ce lundi 4 janvier, un enfant syrien de 10 ans a été violemment agressé dans les rues d’Ankara, la capitale turque, alors qu’il jouait au football. Cela s’inscrit dans un cycle soutenu de violences et de prolifération d’informations erronées sur les réfugiés syriens.

Texte et photo : Firas Abdullah.


S’agit-il d’une nouvelle illustration de l’hostilité grandissante d’une partie des citoyens turcs à l’égard de réfugiés syriens ?

Ce lundi 4 janvier après-midi, tandis qu’ils jouaient au football dans une rue d’Ankara, Mohammed et Youssef, deux enfants syriens de 10 ans, ont été interpellés et interrompus par un conducteur. Depuis son camion, le ressortissant turc se serait mis à leur hurler dessus. 

En guise de réponse, les deux enfants lui auraient alors adressé un doigt d’honneur, avant de prendre leur jambe à leur cou. L’homme d’une trentaine d’années aurait ensuite appuyé sur l’accélérateur pour les prendre en chasse, jusqu’à un immeuble en construction, où il se serait garé en bloquant la rue. L’un des enfants aurait réussi à s’enfuir.

D’après nos informations, le conducteur serait ensuite descendu de son camion pour frapper le bambin, jusqu’à ce qu’il s’évanouisse.

Le petit joueur de football s’est réveillé sur un lit d’hôpital, dans le service des soins intensifs, le crâne fracturé, sans se souvenir de la fin de sa journée.

Le conducteur placé en garde à vue

Dans un témoignage au média Orient News, Osama Al-Bouchi, un ex-militant syrien raconte avoir rendu visite à Mohammed, le lendemain de l’agression présumée. L’état de l’enfant s’est stabilisé, et il peut désormais entrouvrir son œil droit, affirme-il. Ajoutant que son visage reste entièrement tuméfié, comme nous avons pu le constater sur les photographies que nos sources nous ont communiquées. Ces clichés, nous avons choisi de ne pas les publier, par déontologie.   

Dans ce même article, Osama Al-Bouchi présente également la version apportée par le conducteur du camion. Elle diffère complètement des deux enfants. Ce dernier argue ainsi que Mohammed s’est jeté sur son véhicule, tout en l’insultant. Selon lui, l’enfant serait tombé seul.

Nous avons contacté la famille de Mohammed, qui à l’instar d’autres sources, a confirmé que le conducteur avait été placé en garde à vue.

Une longue histoire d’atteinte à la dignité du peuple syrien 

Ce qui pourrait être perçu comme un fait divers, n’en est pas un. Il traduit une longue liste d’atteinte à la dignité des réfugiés syriens sur le sol turc, qui, de façon récurrente, sont cibles de violences, sur des relents xénophobes.

L’hostilité est notable dans les grandes villes, notamment à Istanbul, où résident quelque 500 000 syriens. Le 26 juillet dernier, un jeune syrien a reçu des coups de couteau dans la jambe, après avoir répondu à une question sur sa nationalité.  

En septembre 2020, dans la province de Samsun, au nord du pays, un adolescent de 16 ans, Aiman Al-Hmami, est tué de plusieurs coups de couteau par un groupe de jeunes individus turcs qui s’en prenaient à son frère. Il était venu pour calmer la situation. Le ministre de l’intérieur turc, Süleyman Soylu, avait alors publiquement exprimé son chagrin au père de l’enfant. 

Les attaques contre la population syrienne, souvent basées sur des informations fausses, aboutissent parfois à des drames collectifs. Le 29 juin, une rumeur infondée attestant qu’un syrien aurait violé une adolescente turque circule dans le quartier Mehmet Akif, à l’ouest d’Istanbul. Une foule se met alors à attaquer frénétiquement différents magasins syriens. Des dizaines de vitrines sont détruites, les caméras de sécurité cassées.

Deux femmes sillonnant le camp de Osmaniye Cevdetiye en Turquie, le 10/02/2016. © Flickr CC European Union 2016 – European Parliament

Le poids de la précarité

De nombreux syriens consultés vivant en Turquie lient l’augmentation des actes xénophobes à la détérioration de la situation économique locale. Une précarité qui a alimenté nombre d’informations erronées sur les réfugiés syriens : ces derniers verraient le loyer de leur maison réglé par l’Etat, ils seraient dispensés de payer des impôts et même des factures.

D’autres clichés ont la vie dure, comme celui prétendant que le ressortissant syrien est une main-d’œuvre bon marché volant le travail des citoyens turcs. Ou bien encore le sentiment d’injustice éprouvé par certains turcs, arguant voir « leurs fils partir combattre en Syrie pendant que les jeunes syriens profitent de la Turquie ».

Quelque 3,6 millions de syriens vivent sur le territoire, selon les statistiques du département de l’immigration, faisant de la Turquie le premier pays d’accueil de syriens (sans leur reconnaître le statut de réfugié). Initialement bien accueillis – leur présence étant supposée être temporaire et limitée aux frontières – les tensions sont montées crescendo au fil des années parallèlement à l’installation syrienne dans l’ensemble du pays.

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