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Sensibiliser au climat et à l’intégration des réfugiés : le double pari d’Ekota

« D’ici 20 ou 30 ans, beaucoup de déplacements de populations auront le climat pour cause. Il faut anticiper cette situation et les besoins des personnes déplacées ». Récemment créée, l’association Ekota entend aider les réfugiés à s’intégrer dans la société, tout en participant à la mobilisation générale contre le réchauffement climatique.

Texte : Abdallah Hassan et Laurent Dupuis / Photos : Lucas Beaulier

La question climatique sera bientôt centrale en matière de migration dans le monde. Les déplacements pour raisons climatiques existent déjà aujourd’hui, parce que les terres ne sont par exemple plus cultivables ou parce que les lacs sont asséchés, mais ils vont encore s’accentuer à cause du réchauffement climatique. En 2015 déjà, l’ONU prévoyait 250 millions de réfugiés climatiques dans le monde en 2050. Un chiffre qu’il faut aujourd’hui revoir à la hausse. 

Anticiper les besoins des déplacés

« D’ici 20 ou 30 ans, beaucoup de déplacements de populations auront le climat pour cause », lance Mas Mahmud, co-fondateur de l’association Ekota. «Des personnes seront obligées de quitter leur pays, leur région. Il faut anticiper cette situation et les besoins des personnes déplacées.»

Mas Mahmud prend un exemple qu’il connait bien, le Bangladesh, son pays d’origine. Le Bangladesh compte 164,7 millions d’habitants pour une superficie de 147.570 km2 . Densité de population : 1.265 habitants au km2. Or, la moitié des terres du pays se trouve à moins de 5m d’altitude. 20% du territoire pourrait déjà disparaître d’ici à 2050 à cause de la montée des eaux, forçant 50 millions de citoyens à devenir des déplacés climatiques. 

Mais où vont partir toutes ces personnes ? Qui va les accueillir ? Et comment ? 

« On ne peut pas comprendre certains aspects de la situation des personnes déplacées si on ne les a pas vécus »

Ces questions sont centrales pour l’association Ekota – qui signifie « unité » en bengali -, fondée par quatre personnes : Mas Mahmud donc, mais aussi Leen Youssef, Marc Beaulier et Anaïs Le Gallois.

Les fondateurs de l'association Ekota
Les fondateurs de l’association Ekota : Marc Beaulier, Leen Youssef, Anaïs Le Gallois et Mas Mahmud. © Lucas Beaulier.

La moitié de l’association créée en septembre dernier est donc portée par des personnes déplacées, l’autre par des citoyens français. « On ne peut pas comprendre certains aspects de leur situation si on ne les a pas vécus », explique Anaïs Le Gallois, une Parisienne de 28 ans. « Avoir des personnes au sein de l’association qui sont des personnes déplacées nous permet donc de mieux connaître leurs besoins réels. »

Ekota entend travailler sur plusieurs axes : les réfugiés, l’environnement et le climat. « On ne peut pas s’intégrer dans une société, dans des pays, sans en connaître ses problématiques, et l’environnement et le climat en font partie », souligne Leen Youssef, 28 ans, originaire de Syrie. 

L’association Ekota veut ainsi oeuvrer à son échelle, en aidant des personnes déplacées qui se sont marginalisées, isolées, et en proposant notamment des ateliers de réduction de l’empreinte écologique. Des ateliers ouverts à tous et qui sont autant de prétextes pour favoriser les rencontres, l’intégration des personnes déplacées et le changement de regard.

Pour l’association Ekota, il faut anticiper ce que le réchauffement climatique va engendrer en termes de migration. Certains pays le font… Mais pas dans le sens de l’intégration.

Une décision historique

Pour reprendre l’exemple du Bangladesh, l’Inde a récemment adopté un projet visant à lutter contre l’immigration depuis le Bangladesh de citoyens de religion musulmane, et à déchoir des personnes de leur citoyenneté. Pour être considéré comme Indien, chacun doit pouvoir démontrer que lui ou ses ancêtres habitaient l’Inde avant 1971. 1971 étant l’année d’indépendance du Bangladesh. Ainsi l’an dernier, près de deux millions de personnes ont été exclues de la citoyenneté en Assam, un Etat  indien en proie à des à des tensions interethniques et interreligieuses depuis plusieurs décennies. 

A l’inverse, le comité des droits de l’Homme de l’ONU vient de demander aux Etats de prendre en considération les changements climatiques dans l’étude des demandes d’asile. Une « décision historique » dixit Amnesy International, dans une affaire relative au droit d’asile en Nouvelle-Zélande et à une demande formulée par un habitant originaire des îles Kiribati. Ces îles sont situées au milieu de l’Océan pacifique qui seront englouties par les eaux dès 2050 selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). 

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