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A Marseille, l’urgence d’éradiquer l’habitat indigne

Le 5 novembre 2018, huit Marseillais perdaient la vie dans l’effondrement de leur immeuble. Un drame mettant en lumière une situation plus globale d’habitat indigne dans la cité phocéenne. Pour éradiquer ce phénomène, des acteurs institutionnels et politiques, des professionnels de l’habitat et des citoyens se sont réunis le 21 novembre dernier, dans le cadre d’un débat organisé par le journal Mars Actu. Constats, situations d’urgence, solutions à court et long terme, tour d’horizon des propositions envisagées.

Sidney Cadot-Sambosi


« Marseille 2020 : Éradiquer l’habitat indigne ». Tel était le thème du débat organisé le 21 novembre dernier au théâtre de l’œuvre de la cité phocéenne. Une conversation organisée par le média indépendant Mars Actu, dans le cadre de la campagne des élections municipales françaises qui auront lieu les 15 et 22 mars 2020. Ce thème de l’habitat indigne a été choisi à bon escient au regard des commémorations du 5 novembre qui rendait hommage aux huit personnes décédées, un an plus tôt, dans l’effondrement des immeubles du 63 et 65 rue d’Aubagne (premier arrondissement de la ville), à deux pas de la célèbre Canebière et du Vieux-Port.

Depuis le 5 novembre 2018, des milliers de personnes ont été délogées et le sont encore. Une majorité de foyer est toujours sans solution de logement durable. La ville de Marseille, la métropole Aix-Marseille et la région Sud (nouvelle appellation de la région Provence-Alpes- Côte d’Azur) ont peine à conjuguer leurs efforts pour assurer à leurs citoyens des logements décents et pour apporter des solutions viables aux foyers délogés et/ou expulsés de chez eux.

60 000 logements « repoussoirs »

À l’échelle de la métropole Aix-Marseille, sur 810 000 résidences principales, 159 000 sont des logements sociaux. Sur ces 159 000 logements sociaux environ 60 000 (environ 40 000 dans la ville de Marseille) sont identifiés comme des logements dits « repoussoirs », c’est-à- dire qu’ils sont soit indignes, soit situés dans des zones trop enclavées et non attractives. C’est le constat chiffré rappelé par l’ingénieur des Travaux publics de l’Etat et concepteur de stratégies de politiques publiques, Dominique Dias. Et l’urbaniste d’insister sur le taux de pauvreté mesuré dans la cité phocéenne en 2018 : 25 % .

Au 102 boulevard de la Libération (13004), cet immeuble est sous arrêté de péril depuis le 07/02/2019.

Structurellement, il y a donc trop peu de logements sociaux pour accueillir les ménages les plus fragiles économiquement. Le seuil de tolérance aux conditions de logement insatisfaisantes élevé chez ces ménages explique la prédominance de l’habitat dégradé dans le parc de logements privés.

Cette tension structurelle héritée montre que pour résorber le problème de l’habitat indigne à Marseille, les solutions d’urgence ne suffiront pas. « Il est nécessaire de réfléchir à des solutions structurelles fécondes dans la durée. Pour cela, la volonté politique est essentielle pour déverrouiller des situations ankylosées depuis plus de trente ans à cause de l’inaction des politiques », conclut ainsi Dominique Dias.

Toute logique de ségrégation est à proscrire

Eviter de placer les personnes mal logées dans une logique de ségrégation qu’elle soit géographique, sociale, ou économique. Tel est le vœu d’Anne-Claire Bel, directrice chez les Compagnons Bâtisseurs dans la région Sud-PACA, quant aux plans d’action institutionnels.

L’enjeu ? Eviter une lutte contre l’habitat indigne à deux vitesses en instaurant le permis de louer uniquement dans quelques quartiers. Selon elle, le regard des acteurs de la technique (ingénieurs, experts, accompagnateur, etc.) doit rester neutre pour ne pas favoriser ni les bailleurs ni les locataires.

Pour cet immeuble marseillais,l’arrêté de péril remonte 24/01/2019. 

Les corps professionnels techniques demeurent des intermédiaires entre les bailleurs et les locataires. Ils sont là pour apporter aux personnes des informations, des outils juridiques et des services. Ils doivent être considérés comme des interlocuteurs à part entière au sein des structures d’action des collectivités territoriales telles que la Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (M.O.U.S.). Ainsi, les techniciens pourront être associés, en concertation avec tous les autres acteurs, au diagnostic, à l’accompagnement des locataires et au suivi du relogement et à l’évaluation de la satisfaction.

Pour cela, Anne-Claire Bel préconise d’harmoniser et d’améliorer les outils déjà existants : rendre plus cohérentes les procédures du Service communal d’hygiène et de la santé (SCHS), réunir tous les acteurs institutionnels (commune, métropole, département et région) autour d’une même table et rendre plus lisible l’information pour chacun, propriétaires et locataires.

Entre des citoyens co-décisionnaires et une ligne ultra-sécuritaire : les solutions proposées par les candidats à la mairie

Alors concrètement à l’approche des élections municipales en mars 2020, que proposent les personnalités politiques dans le cas où leur liste serait élue à la mairie de Marseille ?

Pour Xavier Méry , actuel adjoint à l’édile de Marseille, chargé de l’intégration et de la lutte contre l’exclusion, il faut se contenter de suivre et d’appliquer le Plan habitat indigne voté par la métropole le 13 décembre 2018. A contrario, selon Anne-Marie Gobin de la liste le Printemps Marseillais, il faut placer la concertation avec les habitants et les citoyens au cœur des dispositifs. C’est pourquoi, elle a entamé un recensement des bonnes actions réalisées en matière d’habitat en France. Le but : faire en sorte que les citoyens deviennent des co- décisionnaires dans chaque programme de pilotage et à tous les niveaux (mairie, métropole, région et État).

Le soutien de Bruno Gilles (ancien cadre Les Républicains), Michel Sarrochi, est contre cette proposition qui émiette le processus de prise de décision. Il défend plutôt l’idée d’un regroupement des pouvoirs dans un service unique : un service municipal du logement. L’objectif étant de rassembler toutes les compétences et de placer toutes les prises de décision sous la responsabilité du maire uniquement.

Etienne Tabbagh, représentant de la liste « Debout Marseille – écologiste et citoyenne », préconise une solution plus rigoureuse et ferme : la mise en place d’une Opération d’Intérêt National (OIN) pour rassembler tous les acteurs du logement autour d’une même table : habitants, collectifs, État, commune et métropole. Cette OIN permettrait de remplir l’objectif de 25 % de logements sociaux d’ici 2025 et de constituer un stock de logements temporaires.

La députée La République en Marche (LREM) Alexandra Louis s’est contentée de défendre les mesures* déjà prises par l’Exécutif et rappelle que c’est au tour des collectivités territoriales de prendre leur part de responsabilité. Le conseiller régional du Rassemblement National (RN) Jean-François Luc s’est, quant à lui, simplement inscrit dans la ligne politique ultra-sécuritaire de son parti en proposant de créer une brigade policière anti-squat. Selon lui, la préservation de l’environnement doit être prise en compte à travers un moratoire sur la création de logements sociaux pour préserver « les poumons verts de Marseille ». D’aucuns parmi les marseillais savent que la ville ne regorge ni de forêt ou de parcs verts.

68, rue Clovis Hugues.

Airbnb, problèmes de santé causés par un logement indigne… les angles morts pointés par les citoyens

Une citoyenne, sans étiquette politique, interpelle les intervenants sur la corruption des acteurs publics et les mesures pour l’éliminer définitivement. La réponse d’Étienne Tabbagh est claire : il faut que tous les candidats à la mairie de Marseille signent la chartre Anticor et présentent une déclaration de patrimoine totalement transparente.

Plus tard, un membre du conseil citoyen du 1 er /6 ème arrondissement de Marseille pointe le problème que constituent les immeubles en déshérence, et la faible ressource en main- d’œuvre qualifiée pour la réhabilitation et la construction. Un membre du collectif « Un centre-ville pour tous », s’interroge lui sur les décès et problèmes de santé générés par les logements indignes.

Un autre citoyen souligne qu’aucun des candidats n’a fait mention d’Airbnb, la plateforme communautaire payante de location et de réservation de logements de particuliers. Concernant ce dernier point, Etienne Tabbagh répond qu’une mesure européenne est souhaitable pour obliger les propriétaires à soumettre uniquement leur résidence principale à Airbnb.

Enfin, le mot urgence résonne dans l’assemblée : une membre du « collectif du 5 novembre », indignée, souligne le caractère urgent de la situation actuelle. À Marseille, 400 immeubles, soumis à une procédure de travaux d’office suite à des arrêtés de péril, sont délaissés. C’est la preuve que la réaction des pouvoirs publics n’est pas à la hauteur des nécessités du terrain. Un ajustement rapide aux situations d’urgence et des visions d’avenirs pragmatiques sont à trouver au plus vite.

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*Ces mesures concernent la mise en place d’une société publique locale d’aménagement d’intérêt national (SPLA-IN). La SPLA-IN s’inscrit dans le cadre du projet partenarial d’aménagement (PPA) qui fixe la stratégie sur le long terme et que l’Etat a signé avec la métropole Aix-Marseille-Provence et la Ville le 15 juillet 2019. Ce dispositif couvre un périmètre de 1 000 ha autour du grand centre-ville et concerne 200 000 habitants. Quelque 217 millions d’euros sur quinze ans, c’est le budget annoncé pour ce projet.

Glossaire :

Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale (M.O.U.S.) : prestation d’ingénierie qui a pour objectif de promouvoir l’accès au logement des personnes et familles défavorisées. Cela vise à apporter une solution de logement décent aux occupants d’un habitat insalubre. Le but étant de faciliter l’insertion des personnes dans leur environnement par le logement.

Permis de louer : autorisation préalable de mise en location. Elle est délivrée par la mairie. L’autorisation préalable devient caduque si elle n’est pas suivie d’une mise en location dans un délai de deux ans suivant sa délivrance.

Service Communal d’Hygiène et de la Santé (SCHS) : service municipal en charge de constater les problèmes d’insalubrité des logements après alerte des occupants.

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