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L’inclusion par la cuisine : le défi des cuistots migrateurs

« A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide, mais le couvert reste mis », écrivait René Char. C’est précisément pour ces valeurs fédératrice et d’ouverture qu’une myriade d’initiatives a fleuri sur le sol français pour mettre en lumière la compétence et le savoir-faire des personnes exilées, notamment dans les métiers de la restauration. Zoom sur l’une d’entre elles, les Cuistots migrateurs, qui après avoir initié une activité de traiteur et un restaurant à Paris, se lance dans l’ouverture d’une école de cuisine gratuite et certifiante à destination des personnes réfugiées statutaires en Ile-de-France.

Texte : Sofia Belkacem et Nina Gheddar / Photos : Les cuistots migrateurs


« Des réfugiés, on en parle comme des victimes, des chiffres, pire comme des menaces. Mais jamais sous un jour positif. Nous voulions prendre le contre-pied ».

Lassés de leur job dans le marketing, deux amis, Louis Jacquot et Sébastien Prunier, qui se sont rencontrés sur les bancs d’une école de commerce, décident en 2016, en pleine « crise de l’hospitalité », de monter leur entreprise sociale. Les cuistots migrateurs sont nés.

L’inclusion par le travail

En quatre ans, ils montent une activité de traiteur et un restaurant niché dans le 11e arrondissement parisien, avec toujours la même envie : l’inclusion des personnes exilées par le travail.

Aujourd’hui, sur les 30 salariés que comptent leur entreprise, treize sont des travailleurs en exil. A l’image de Faaeq al-Mahna et de Rashid Norouzi. Le premier était premier garçon boucher en Syrie, livreur aussi. Il est aujourd’hui chef de partie au sein des Cuistots migrateurs, où il encadre d’autres chefs. Le second a fui l’Iran, où il avait acquis une expérience comme cuisinier. Il est également chef de cuisine chez les « Cuistots ».

Une école pour répondre à un enjeu plus global

Désormais, l’équipe multiculturelle des Cuistots migrateurs se lance un nouveau défi : ouvrir une école de cuisine gratuite et certifiante pour les personnes réfugiées statutaires en Ile-de-France.

« Nous avions le sentiment d’avoir accumulé pas mal de petites victoires. Mais, nous voulions faire plus pour tenter de répondre à l’enjeu global d’inclusion sur le territoire », insiste Louis Jacquot.

Cette école, qui vise à former à terme 200 élèves par an, disposera d’une formation intensive de quatre mois permettant l’obtention du certificat de qualification professionnelle de commis de cuisine, tout en délivrant des cours de français.

Achat des matières premières pour les cours de cuisine, rémunération des formateurs, création du contenu pédagogique… l’équipe des «cuistots» a lancé un appel aux dons, dans l’objectif de financer une partie du projet.

Le contexte de crise sanitaire, qui a particulièrement fragilisé les restaurateurs, n’entame pas l’optimisme de l’équipe. « Bien sûr que c’est pas le meilleur contexte pour se lancer. Mais, on peut espérer que d’ici six mois, ça redémarre. C’est pourquoi, on a également essayé de tisser des liens avec d’autres acteurs du secteur, et notamment pour créer des opportunités dans la restauration collective. Elle comporte l’avantage d’avoir des horaires à peine moins contraignants», sourit Louis Jacquot.

Depuis 2015, de nombreuses initiatives ont fleuri sur le territoire national, actant que l’inclusion des personnes en exil, passait aussi par les métiers de bouche. C’est le cas, de façon non-exhaustive, de Meet my Mama ou bien encore du Refugee food festival

En attendant l’ouverture officielle de l’école, une promo test s’est lancée.