Eden : la première série télévisée sur la crise de l’accueil

Nouvelle fiction d’Arte, Eden est une série de six épisodes qui se penche sur la crise de l’accueil qui secoue l’Europe. En entremêlant les destins de cinq individus, à travers un regard intime, elle parvient, sans misérabilisme, à dresser la réalité glaçante des migrants sur le sol du vieux continent.


La Rédaction


La première scène s’ouvre sur la paisible plage de Chios, une île grecque, où une famille allemande, les Hennings, est venue passer des vacances au soleil. On est alors bercés par les cris amusés des enfants qui jouent dans l’eau turquoise de la mer Méditerranée, lorsqu’un canot gonflable perce l’horizon. C’est à travers le regard de ce jeune allemand incrédule que l’on observe une trentaine de personnes débarquer sur l’île, pour jeter ses gilets de sauvetage sur le sable.

Réalisée par Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien), la série Eden aborde une thématique peu traitée par le cinéma contemporain : la crise de l’accueil en Europe. Et parvient à mettre en relief de façon plutôt exhaustive les différents versants de l’exil. Cette oeuvre chorale fait ainsi s’entremêler cinq trajectoires de vies déployées sur le continent, de la Grèce à l’Allemagne, en passant par la France.

Les multiples visages de l’exil

L’on fait ainsi la connaissance d’Amare, un jeune mineur isolé, qui a quitté le Nigéria avec son frère, Daniel, dans l’espoir de gagner le Royaume-Uni. Après avoir atteint la Grèce continentale, ils sont accueillis dans le camp Elena. Un camp de réfugiés privé géré par une femme d’affaires française (incarnée par Sylvie Testud). Un camp où l’on rencontre aussi Yiannis, un agent de sécurité grec rongé par la culpabilité.

De retour des îles grecques, la famille Hennings accueille dans sa maison à Mannheim, un jeune syrien, Bassam. La cohabitation se révèle ardue voire conflictuelle. Le fils unique de la famille, à travers son comportement, incarne une jeunesse européenne xénophobe en perte d’empathie. La méfiance, l’intrusion et les maladresses reflètent les difficultés à déconstruire les a priori lorsque l’on fait face à une réalité autre que la sienne.

L’une des forces de la série réside dans la mise en scène de parcours d’exilés issus de catégories sociales différentes, déconstruisant ainsi certaines croyances autour du caractère homogène de profils. Les regards se croisent et se confrontent, notamment lorsqu’une famille syrienne aisée arrive en voiture à Paris et passe devant les camps de fortune établis en périphérie de la capitale.

Petite et grande Histoire

Parmi ces histoires qui lient la France à l’Allemagne, celle de cette famille syrienne montre que l’arrivée en Europe n’est pas franchement synonyme de sérénité et de protection. Le père, médecin à Damas, détenant des informations confidentielles sur les abus du régime de Bachar Al-Assad, quitte la Syrie pour rejoindre le Liban. C’est avec le soutien d’un journaliste français qu’il réussit ensuite à gagner l’Hexagone. Mais la menace qui pèse sur lui et sa famille ne s’arrête pas à la frontière syrienne. S’éloignant ainsi du pur récit documentaire, la série prend des allures de thriller et parvient à tenir en haleine.

Eden développe ainsi des intrigues politiques, Dominik Moll nous emmenant également sur les traces des hauts fonctionnaires européens, avec, au cœur de tous ces récits, l’enjeux de la privatisation des camps de réfugiés, ouvrant le dialogue sur une problématique majeure ainsi que sur l’opacité des décisions à l’échelle régionale. Les téléspectateurs pourront alors s’interroger au fil des épisodes sur les questions éthiques de la gestion privée des camps.

Dans une récente interview sur France Inter, le réalisateur franco-allemand a regretté de ne pas pouvoir employer comme acteur ou figurant des personnes exilées n’ayant pas obtenu le statut de réfugiés, le droit européen leur refusant l’accès au marché du travail. Cette anecdote qui n’en est pas une, dit beaucoup sur la limite de la politique d’accueil en Europe.

C’est aussi dans ce genre de confession qu’apparaît la vraie richesse de la série, qui s’inscrit dans l’actualité. Même si le ton est neutre, Arte offre ainsi de la visibilité à la question de la crise de l’accueil et propose sinon un dialogue, au moins une réflexion sur ce sujet brûlant, à dix jours des élections européennes. Alors, est-ce vraiment cela l‘Eden?

Eden est disponible en ligne, sur Arte, jusqu’au 2 juin.  

Sed vel, mi, consectetur Praesent leo. dapibus leo felis porta. Lorem lectus