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    Noémie Merlant, libre jusqu’au bout

    Cette année, l’actrice réalisatrice Noémie Merlant retrouve Cannes avec "Roma Elastica", quatrième long métrage de Bertrand Mandico présenté en Séance de Minuit aux côtés de Marion Cotillard. A deux pas de la Croisette, Guiti, a rencontré la cinéaste dans un contexte aux antipodes du fast Cannois.

    Valentina: être et avoir

    Dans cette fable de science-fiction baroque située dans une Cinecittà en déclin, elle incarne Valentina, l’assistante et maquilleuse dévouée d’Eddie, une immense star de cinéma en fin de carrière interprétée par Marion Cotillard. Valentina, c’est également le prénom de sa fille, présente lors de l’entretien, endormie au creux des bras de sa maman qui lui a donné naissance seulement deux mois avant la première. “Je n’avais pas du tout de prénom, quand on a cherché avec mon compagnon on s’est dit « Ah, Valentina, ça serait beau. » Mais je pense que j’avais oublié que mon personnage s’appelait comme ça. Le tournage a dû rester dans ma tête, tu vois?” confie la cinéaste.

    Pour l’actrice, le tournage fût une expérience aussi joyeuse qu’exaltante. « Il y avait une liberté folle », raconte-t-elle. « C’était très rapide pourtant, mais particulièrement jouissif. Rapide, intense, sans pression. Juste du jeu, de l’amusement, du travail de composition. On pouvait déborder un peu de partout. » Une liberté qui correspond parfaitement à son goût pour les personnages qui échappent aux conventions.

    « J’adore quand on peut en faire trop, quand on peut aller vers quelque chose de vulgaire, de trivial. Quand on laisse les femmes être un peu plus que juste une image. »

    Noémie Merlant et sa fille Valentina (festival de Cannes 2026) – Leïla Amar

    Bertrand Mandico, l’artiste « pur, pur, pur »

    Si elle a accepté le film sans hésiter, c’est aussi parce qu’elle voue une admiration de longue date à Bertrand Mandico.

    « Mon agent ne savait même pas que j’étais archi fan de ses films », sourit-elle. « Pour moi, c’est du cinéma. On a très peu de réalisateurs comme lui. Il est hors système, il s’en fout. Il cherche une sincérité, une authenticité. »

    L’actrice parle du réalisateur avec un enthousiasme presque enfantin. « Je ne pourrais pas être aussi libre que lui, alors que je suis déjà pas mal libre. Lui, c’est un artiste pur, pur, pur. Quand on tombe sur un de ses films sans savoir qu’il en est l’auteur, on sait immédiatement que c’est lui. »

    Noémie Merlant, Bertrand Mandico et Marion Cotillard au photocall du film Roma Elastica au Festival de Cannes 2026. © Daniele Venturelli/WireImage.
    Noémie Merlant, Bertrand Mandico et Marion Cotillard au photocall du film Roma Elastica au Festival de Cannes 2026. © Daniele Venturelli/WireImage.

    Ce qui la fascine particulièrement, c’est sa manière de construire ses univers. « Il dessine tout : les costumes, les décors, les plans. Tout est préparé. Mais paradoxalement, ça donne énormément de liberté. Tu as un cadre extrêmement fort, et c’est précisément ce qui te permet d’aller beaucoup plus loin dans le jeu. C’est très rassurant pour une actrice. »

    Admettant tout de go que le cinéaste est très différent de son look, l’actrice reconnait avoir imaginé quelqu’un d’assez “fou et dur” avant leur rencontre. « En fait, il est hyper doux et sain d’esprit. Comme quoi il y a un côté cathartique dans ses films, il doit y mettre toute sa folie, toute sa violence et dans la vie, du coup, il est peace quoi! »

    Marion Cotillard – “elle a été mon masque à oxygène”

    Le film marque également ses retrouvailles avec Marion Cotillard, rencontrée quelques années plus tôt sur Lee Miller d’Elle Kuras (2023). Une rencontre qui a dépassé le simple cadre professionnel.

    « On est restées quinze jours ensemble dans un endroit où on ne pouvait aller nulle part. On se voyait tout le temps, on dînait au bord de l’eau. C’était très magique. Et elle est magique. »

    Noémie Merlant et Marion Cotillard au photocall de Roma Elastica, 79ème festival de Cannes – Dailymotion

    Très vite, les deux femmes nouent une relation de confiance profonde. « On s’est raconté nos vies de manière spontanée et évidente. Elle est hyper facile d’accès, très simple dans la vie, énormément à l’écoute. Elle partage beaucoup, elle donne de très bons conseils. » Cet écho est revenu à plusieurs reprises lors de cette édition cannoise de la part de diverses actrices françaises comme étrangères, preuve s’il en est que la star française ne brille que devant les caméras.

    « Quand je l’ai rencontrée, j’allais vraiment très mal. Je me suis un peu accrochée à elle. Elle m’a donné un masque à oxygène alors que j’étais en train d’étouffer. »

    Noémie Merlant

    Dans Roma Elastica, où elle interprète justement une femme fascinée par une immense actrice, la frontière entre fiction et réalité semble parfois s’effacer. « Je jouais quelqu’un qui l’admire, qui l’aime, qui lui est dévouée. C’était finalement assez facile. »

    De la Croisette à Hollywood

    Cette nouvelle montée des marches s’inscrit dans une longue histoire d’amour avec Cannes. Depuis Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, Les Olympiades de Jacques Audiard ou encore Les Femmes au balcon, qu’elle a elle-même réalisé, Noémie Merlant est devenue l’un des visages familiers du festival.

    Actrice recherchée en France comme à l’étranger, réalisatrice affirmée, elle poursuit aujourd’hui un parcours qui refuse les frontières entre les genres, les formats et les rôles.

    Si Cannes reste son port d’attache, Noémie Merlant poursuit depuis plusieurs années une carrière de plus en plus internationale. Après avoir tourné en France, en Italie, au Royaume-Uni ou encore aux États-Unis, elle observe avec curiosité les différences de méthodes entre les industries du cinéma.

    « Il y a quelque chose d’universel dans le cinéma », explique-t-elle d’abord. « Mais c’est plus la manière dont on va s’y prendre qui change. »

    Noémie Merlant dans Tàr de Todd Field – Copyright 2022 Focus Features, LLC

    L’actrice évoque notamment les tournages américains, souvent beaucoup plus cadrés et réglementés. « Aux États-Unis, tout est très contrôlé. On ne déborde pas. Les horaires, la préparation, l’organisation, tout est extrêmement structuré. » À l’inverse, elle décrit l’Italie comme « l’opposé complet », avec un rapport plus instinctif et plus souple au travail.

    Pour autant, elle refuse d’établir une hiérarchie entre ces différentes approches. « Chaque pays trouve son charme dans son rapport au cinéma », résume-t-elle. Les différences se jouent davantage dans les habitudes culturelles, les horaires ou encore les rapports humains sur un plateau. « Il y a des choses qui nous paraissent normales en France et qui sont très choquantes ailleurs. Et inversement. »

    Son regard se porte notamment sur la place des femmes dans ces différents environnements de travail. « La manière dont on parle aux femmes n’est pas du tout la même selon les pays », observe-t-elle. Une réflexion qui rejoint les préoccupations féministes qui traversent l’ensemble de son travail, devant comme derrière la caméra.

    « Découper le patriarcat en petits morceaux »

    Depuis ses premiers courts métrages, dont le fameux Shakira que Guiti avait mis en lumière dès 2021, jusqu’aux Femmes au balcon, Noémie Merlant revendique un cinéma capable de « découper le patriarcat en petits morceaux ».

    Elle se réjouit d’ailleurs de voir ces questions traverser de nombreux films présentés cette année à Cannes. « On sent que les oreilles sont ouvertes. On a moins peur. »

    Son combat n’est pourtant jamais théorique. Il passe par les personnages, par les corps, par le droit laissé aux femmes d’être contradictoires, excessives, désirantes ou triviales. Une approche qu’elle retrouve d’ailleurs chez Mandico : « J’aime sa manière de montrer les femmes. Vulgaire, poétique, classe, contradictoire. Tout ça en même temps. »

    Affiche « Les Femmes au balcon » de Noémie Merlant

    Filmer ce qu’on ne regarde pas

    Parallèlement à sa carrière d’actrice, Noémie Merlant développe depuis plusieurs années un documentaire consacré à sa famille. Un projet intime autour du handicap, du rôle des aidants et de sa mère.

    « Mon père est handicapé et ma mère est aidante. C’est un vaste sujet. Je ne sais pas encore ce que ça deviendra, un film de cinéma, autre chose… mais ça m’accompagne depuis des années. »

    Ce travail nourrit aussi une réflexion plus large sur la vieillesse, un sujet encore trop rarement représenté selon elle.

    « La vieillesse me fait peur parce qu’elle se rapproche de la mort. La souffrance me fait peur. La perte de force, la réduction des possibles. Et puis la mort tout court. »

    Noémie Merlant

    Mais l’actrice est convaincue que le cinéma peut contribuer à apaiser cette angoisse collective. « Si on montrait davantage la vieillesse, on en aurait peut-être moins peur. On raconte toujours des histoires de gens dans la force de l’âge. Pourtant, la fin de vie, c’est encore la vie. » Pour elle, la représentation a une fonction presque réparatrice. Montrer la fin de vie comme une partie de la vie, et non comme un hors champ, permettrait sans doute de mieux l’habiter. “Qu’il s’agisse de femmes ou d’hommes, cette absence nourrit une angoisse collective de la fin, regardez, même les hommes se sont mis à la chirurgie.”

    Voilà qui résume peut-être assez bien le rapport de Noémie Merlant au cinéma : chez elle, les films ne s’arrêtent jamais vraiment lorsque la caméra cesse de tourner. Ils continuent à vivre, à circuler, à se mêler à la vie elle-même.

    « Roma Elastica » de Bertrand Mandico avec Noémie Merlant et Marion Cotillard sort le 23 Décembre prochain en salles.

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