« Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète », les voix perdues de l’amour et de l’exil sur scène

Gurshad Shaheman, metteur en scène d’origine iranienne, présente jusqu’au 14 février au théâtre de la Commune d’Aubervilliers « Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète ». Après «Pourama Pourama», un triptyque basé sur son histoire personnelle, il continue d’explorer la question de l’exil, cette fois sur les récits bouleversants des réfugiés LGBT+.

Sofia Belkacem et Zaher Al Zaher


Gurshad Shaheman et ses acteurs échangeant avec le public après une représentation, samedi, au théâtre d’Aubervillers / PHOTO : Zaher Al Zaher

« On se borne à parler de la migration par les chiffres, on énumère le nombre d’arrivées, le nombre de morts. Je voulais faire le contraire : montrer ce que la guerre fait dans notre chair, comment elle nous transforme. Je voulais montrer la singularité de ces parcours », expliquait ainsi Gurshad Shaheman lors d’un échange avec le public suite à la première représentation de la pièce, ce 9 février . Et, le moins que l’on puisse dire c’est qu’« Il pourra toujours dire que c’est pour l’amour du prophète », réalise magistralement cette ambition.

Assis sur scène, plongés dans la pénombre, quinze comédiens relaient, dans des poses hiératiques ou empêchées, les désirs, les peurs et les traumatismes d’exilés syriens, irakiens ou marocains. Tous ont en partage des interrogations sur leur identité sexuelle, ethnique ou sociale. Tous sont pressés, par volonté ou par urgence, de gagner l’Europe.  

Ces histoires ce sont celles de Nowara, enfant star de la télévision irakienne, du temps où elle était un garçon. Mais aussi de Yasmine, qui après avoir gagné un concours de mannequins à Agadir, n’a finalement pas été engagée quand l’agence Elite a découvert qu’elle était transsexuelle.

Ces histoires sont la somme d’autant de récits de réfugiés que Gurshad Shaheman a rencontré à Beyrouth (Liban) et à Athènes (Grèce). Dans une démarche journalistique, le metteur en scène a enregistré l’histoire personnelle d’une vingtaine d’exilés, avant de retranscrire ces entretiens pour les ré-agencer et créer une pièce chorale.  Puis, il a décidé de se concentrer essentiellement sur le récit des réfugiés LBTQ +. Pourquoi ? « Parce que dès l’enfance, ils sont confrontés à la violence. Ils sont dans la réadaptation permanente, ils inventent leur propre réalité pour survivre et ont la force de se reconstruire après le traumatisme », explique-t-il.

Et sur scène, les quinze comédiens, élèves de l’Ecole régionale d’acteurs de Cannes et de Marseille s’épanchent avec une lumière parfois crue sur les exactions, les viols et les violences subis par les réfugiés LGBT +. Mais, les récits mettent surtout en lumière la résilience de ces réfugiés et le désir de vie qui les animent, et qui nous, dans le public, nous transperce.

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