MENU
Recevoir la Newsletter

Quand arrêterez-vous de me voir comme un réfugié ?

« J’ai dû quitter mon pays, le Liban et, du jour au lendemain, je suis devenu un réfugié. Depuis mon départ, on me colle chaque jour cette ‘étiquette’». Dans son témoignage, Hussein Dirani, journaliste à Guiti News, raconte les conséquences de cette assignation. Excluante et stigmatisante, il exhorte à en sortir.

Tribune : Hussein Dirani. Traduction depuis l’anglais: Alexandre Châtel | Illustration: Xenia Goriaceva


Quand arrêtera-t-on de me voir comme un réfugié ?

Cette question, je me la pose chaque jour. Constamment. 

J’ai dû quitter mon pays, le Liban et, du jour au lendemain, je suis devenu un réfugié. Depuis mon départ, on me colle chaque jour cette étiquette de “réfugié”. A mon arrivée en Allemagne, j’ai rapidement commencé à faire face aux problèmes et besoins quotidiens qui vont de pair avec ce statut. 

Pas parce que j’en avais envie, mais parce que la société et ceux qui m’entourent m’avaient défini comme tel.

Le défi de l’inclusion

D’un côté, la communauté locale m’a beaucoup aidé et soutenu. L’Allemagne est un pays très différent de celui que je connaissais. Ses traditions et coutumes m’étaient étrangères et je ne parlais pas la langue. 

De l’autre, j’ai dû me déplacer vingt fois au même endroit juste pour pouvoir suivre un cours d’allemand – la porte d’entrée pour s’intégrer dans la société. Toutefois, si vous vous rendez dans n’importe quelle administration du gouvernement, ils ne vous parleront qu’en allemand et vous risquez de signer des documents que vous ne comprenez pas. 

Vous devez demander à quelqu’un de vous accompagner afin de traduire pour vous. Le problème ? Il est très difficile de trouver quelqu’un, surtout quand vous venez d’arriver dans le pays et que vous ne connaissez presque personne.

J’ai dû attendre deux-trois semaines rien que pour récupérer mon allocation de l’Etat. Et chaque mois, c’est la même histoire.

Le bénévolat pour s’aider soi-même

Après un certain temps, j’ai commencé à parler et à comprendre la langue, la culture et les règles de vie allemandes. Appartenant désormais à cette société, je voulais aussi, en retour, me rendre utile, servir une cause importante.

J’ai commencé à faire du bénévolat au sein d’initiatives créées spécialement pour les personnes réfugiées. Je me suis rapidement engagé dans des projets comme “Volun-Tea Mondays”, qui travaille avec des personnes en exil. Le bénévolat y est considéré non seulement comme un moyen d’aider les autres, mais aussi de s’aider soi-même.

C’est l’un des meilleurs projets auxquels j’ai participé, tant j’ai pu apporter mon aide à nombre de personnes réfugiées. Pour qu’elles prennent des cours de langue, qu’elles se tournent aussi vers du bénévolat, et bien d’autres choses encore. Pour moi, ça a été l’occasion de rendre la pareille à ma nouvelle communauté, tout en pratiquant mon allemand.

Un statut temporaire, pas une identité

Après cela, j’ai commencé à réfléchir davantage à la construction de l’identité de “réfugié”. Du fait d’être considéré comme tel. “Est-ce que j’ai envie de rester un réfugié pour toujours ?”, me demandais-je souvent. 

Pour moi, être réfugié correspond à une période très précise dans la vie d’une personne. C’est un statut temporaire, pas une identité.  

Non seulement, l’acception d’un réfugié est censée être circonscrite dans le temps, mais aussi dans l’espace. Quand je me déplace d’un point A à un point B. 

Quand je dois fuir le pays où j’ai grandi. Pas parce que je le veux, mais parce que je le dois. Pour des raisons de guerre, politiques ou de désastre quelconque. 

Mais maintenant que je suis ici, maintenant que je suis installé en Allemagne : pourquoi diable m’appelle-t-on encore réfugié ?

Le paradoxe de l’intégration

Est-ce une question de papiers ? ( Et pourquoi ce bout de papier devrait nous assigner) ?

De couleur de peau ? D’origine ethnique?

Est-ce une question de travail ? 

Est-ce parce que je ne maîtrise pas parfaitement la langue ? Est-ce politique ?

J’ai appris la langue, je fais du bénévolat, j’essaie d’améliorer la vie dans mon quartier, j’ai des amis et collègues, j’ai un travail correct et je paie mes impôts. 

Lorsqu’un individu fait tout par lui-même, sans l’assistance de personne, est-elle encore “réfugiée” ? À partir de quel moment est-on simplement considéré comme membre de la communauté ?

Après tout, n’est-ce pas de la discrimination masquée quand vous me demandez de m’intégrer dans la même société où vous m’étiquettez, où vous créez des obstacles et des limites. Où vous me menottez. 

Quand arrêterez-vous de me voir comme un réfugié ?

venenatis, sed dapibus tempus dictum eleifend risus. Donec neque. quis felis