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    Règlement “retour” : un texte qui inquiète les associations

    Alors que le Parlement européen a adopté en première lecture le 26 mars dernier le “règlement retour”, les inquiétudes restent vives du côté des organisations de la société civile. Juliette Cailloux, présidente de l’Observatoire des camps de réfugiés (OCR), revient sur les enjeux de ce texte et les risques qu’il fait peser, selon elle, sur les droits fondamentaux.

    Dans les semaines ayant précédé le vote, plusieurs associations ont tenté d’alerter les eurodéputés sur les implications du texte. Si ces mobilisations n’ont pas empêché son adoption, elles témoignent d’une inquiétude persistante quant à un possible basculement dans la manière dont l’Union européenne conçoit ses politiques migratoires.

    Pour Juliette Cailloux, présidente de l’Observatoire des camps de réfugiés (OCR), ce règlement marque un tournant.

    « Jusqu’ici, les politiques migratoires européennes étaient dures, mais elles restaient dans un cadre : un recours suspendait l’expulsion, les expulsions se faisaient sur le territoire européen, les services publics n’étaient pas transformés en relais des autorités d’immigration. Avec ce texte, on franchit une nouvelle ligne rouge. »

    Le “règlement retour” s’inscrit dans une stratégie plus large de l’Union européenne visant à augmenter le nombre d’expulsions effectives. Il prévoit notamment une harmonisation des procédures entre États membres et une accélération des décisions d’éloignement.

    Mais derrière ces objectifs, les associations pointent des évolutions jugées particulièrement préoccupantes : allongement des durées de rétention, facilitation des expulsions et développement de dispositifs pouvant être mis en œuvre en dehors du territoire européen.

    Pour la présidente de l’OCR, ces mesures traduisent un changement d’échelle :

    « Ce règlement peut transformer les espaces, les services publics et les interactions communautaires en outils de contrôle migratoire. […] Ce n’est plus seulement une politique d’expulsion, c’est une infrastructure de surveillance généralisée. »

    Au-delà des principes, les critiques portent sur les effets très concrets du texte. L’un des points les plus controversés concerne la durée de rétention, qui pourrait être prolongée de manière significative.

    « Les délais d’enfermement seraient prolongés jusqu’à 24 mois. On parle de deux ans d’enfermement, sans que les personnes concernées n’aient commis aucun crime ! »

    Juliette Cailloux

    Elle alerte également sur un renforcement des pratiques de contrôle :

    « Il va certainement y avoir plus de perquisitions dans des domiciles privés sans mandat judiciaire, une augmentation des opérations policières dans l’espace public. »

    Pour les organisations, ces dispositions participent d’une logique déjà à l’œuvre, mais poussée ici à un niveau inédit : celle d’une politique migratoire centrée sur l’éloignement, au détriment des droits et de l’accompagnement.


    Kevin Bückert / Unsplach (cc)

    Une compatibilité contestée avec les droits fondamentaux

    Le texte soulève également des interrogations sur le plan juridique. Plusieurs acteurs estiment qu’il pourrait entrer en contradiction avec les engagements internationaux de l’Union européenne.

    « Des juristes les plus sérieux sur ces questions disent que le texte est structurellement incompatible avec les droits fondamentaux. Seize rapporteurs spéciaux des Nations unies tirent la sonnette d’alarme », rappelle Juliette Cailloux.

    Dans ce contexte, certaines organisations ne plaident pas pour des ajustements à la marge, mais pour une remise en cause plus profonde du texte. Car derrière le terme de “retour”, largement utilisé dans le débat européen, elles rappellent qu’il recouvre des réalités bien concrètes : enfermement, éloignement forcé, incertitude prolongée.

    Adopté en première lecture par le Parlement européen, le règlement ouvre désormais une nouvelle phase de négociations au niveau européen. Pour les associations, l’enjeu est clair : peser sur les arbitrages à venir et documenter, dès à présent, les effets potentiels du texte sur le terrain.

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