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Colère et inquiétude à Montreuil après l’expulsion d’un foyer de sans-papiers

A deux jours du début de la trêve hivernale, 200 résidents, parmi lesquels 150 sans-papiers ont été expulsés de leur foyer montreuillois par les forces de l’ordre. Désemparés, mais solidaires, ils stationnent devant leur désormais ex-logement pour demander des comptes à la mairie.

Sofia Belkacem et Abdallah al Hassan


Sissoko,à côté des affaires des résidents empaquetées à la hâte, devant son ancien logement.

« Je n’ai pas été averti. On m’a demandé de quitter mon logement à quatre heures du matin, alors que j’étais en train de dormir », se remémore encore interdit, Sissoko, un Malien de 35 ans. Comme 149 autres sans-papiers, il a été expulsé par les forces de l’ordre du logement qu’il occupait dans l’ancien siège de l’Afpa à Montreuil (93). L’immeuble avait été réquisitionné en novembre 2018 pour y accueillir des travailleurs, ancien résidents de l’insalubre foyer Bara de la ville.

Depuis ce matin, accompagnés de collectifs d’aide aux migrants, les résidents stationnent avenue de la République, en face de leur ex-logement. Leurs affaires empaquetées avec empressement sont juchées sur le sol, protégées par une bâche. Entre des boissons chaudes et un ravitaillement express, ils se questionnent : « Que va-t-on devenir? » . Tous se plaignent d’un manque d’informations, pour se demander où ils vont passer la nuit.

« Tous solidaires »

« Nous n’avons pas dormi… mais, nous sommes tous solidaires. Nous allons rester ensemble » , martèle Aboulaye, un Malien de 36 ans. Yacoubia, lui, n’a pas vécu dans l’ex-Afpa, mais s’est déplacé pour apporter son soutien. Il corrobore : « la lutte va continuer». A 35 ans, cet homme de ménage qui officie dans un hôtel à Cergy s’indigne plus globalement de la situation des sans-papiers en France. Lui, il vit depuis un an, non loin de là, dans un squat à Bagnolet avec 96 autres personnes. Et de résumer en une formule : « C’est sympa de travailler à l’hôtel pour dormir dehors! »

Aboulaye mise sur la solidarité entre résidents et collectifs.

Tandis que des habitants du quartier se demandent ce qu’ils peuvent faire pour aider, comme trouver des tentes pour abriter les ex-résidents du froid, le Haut-Conseil des Maliens de France s’impatiente. « Nous attendons la réaction de la mairie. On ne peut pas les laisser dehors en plein hiver. La France est un pays de droit » , insiste ainsi le vice-président de l’association, Hady Diarra.

Une expulsion à deux jours de la trêve hivernale

Même son de cloche chez d’autres collectifs, qui s’interrogent sur le timing de l’opération d’expulsion, à deux jours seulement de la trêve hivernale. Une loi qui protège le locataire, et qui stipule qu’il ,ne peut pas se faire expulser de son logement, même si une mesure a été prononcée à son encontre par la justice.

Comme le rappelle nos confrères du Parisien, ce site de l’Afpa (Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes) devait être libéré pour le début de la trêve, car « l’Etat souhaite y construire d’ici 2024 le nouveau tribunal administratif de Montreuil et la Cour nationale du droit d’asile ».

La foule, rassemblée, pour dire “le combat doit continuer”.

Mais, pour les collectifs, cette nouvelle expulsion participe d’un programme de gentrification engagé par la municipalité de longue date. « L’expulsion de foyer Bara constitue une gentrification pure. C’était un foyer hyper vétuste au cœur de la ville. L’Afpa était une solution de repli. Certains de ses résidents ont été envoyés rue de Rosny… Toujours plus loin du centre » , s’insurge Marianne, bénévole au sein du collectif Asphalte.

La mairie, présente sur place via son adjointe déléguée au développement de la vie économique, à l’emploi et à la formation professionnelle, Djeneba Keita assure quant à elle, que « Montreuil reste une ville d’accueil. » Et d’ajouter que : « cette expulsion est jugée scandaleuse par la mairie. Il incombe à l’Etat de reloger ».

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