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«Cette musique ne joue pour personne» : le nouveau Benchetrit résonne en chacun de nous

Sorti en salles le 29 septembre, le septième long-métrage de Samuel Benchetrit («Chien», «Asphalte») «Cette musique ne joue pour personne» dévoile la beauté là où on l’attend le moins. Rencontre avec le réalisateur et l’un de ses acteurs Bouli Lanners.

Une chronique de Leïla Amar / Photo : DR


Présenté au 74ème festival de Cannes dans la catégorie Cannes Première, ce long-métrage franco-belge raconte comment l’amour parvient à se glisser dans chaque interstice de prétendue laideur lorsque l’art entre en jeu.

Incarnée par plus de 740 kilos de figures emblématiques des cinémas belges et français (le réalisateur ayant ressenti le besoin de peser ses acteurs une fois sur le plateau), l’histoire de Jeff, un chef mafieux mais gentil, et de sa bande d’hommes de main se déroule à Dunkerque.

Jeff (François Damiens) épris d’une jeune caissière, se décide à lui faire porter des poèmes au supermarché par l’entremise de Neptune (Ramzy Bédia).

Pendant ce temps, sa femme (Valéria Bruni Tedeschi) passe ses journées devant des émissions de télé-réalité avec sa fille, pour laquelle Jésus (Joey Starr) et Poussin (Bouli Lanners) sont chargés d’organiser une fête d’anniversaire en soudoyant ses camarades de classe.

Enfin, Jacky (Gustave Kervern), en se rendant chez le comptable de Jeff, fait la rencontre de son épouse Suzanne (Vanessa Paradis), coiffeuse, bien décidée à camper une Simone de Beauvoir hors normes sur les planches malgré son bégaiement.

«Je trouve Dunkerque et les cités HLM plus poétiques que Venise»

Alors que tout ce monde s’affaire autour de projets multiples, chacun rencontre ou retrouve l’amour d’une façon ou d’une autre sans l’avoir vu venir. Occurrences inattendues pour sûr si l’on considère que ni le décor ni les circonstances de ces rencontres ne s’y prêtent.

Mais où rencontre-t-on l’amour ? C’est l’un des questionnements que pose ce film, qui parvient à sublimer la prétendue morosité d’une ville portuaire avec de larges plans où le ciel, la lumière, et l’élégance de sentiments pudiques volent la vedette à des personnages principaux, pourtant au sommet de leur art.

« J’aime bien aimer, je préfère quand j’aime en tous cas. L’idée était de faire un film bienveillant, qui échappait à la justice, comme une pause dans le cœur des gens. Ils ont une vie, puis s‘arrêtent à un moment parce qu’ils tombent amoureux ou doivent s’occuper de quelqu’un. Ils sont, de ce fait, obligés d’être confrontés à leur propre sensibilité», nous confiait ainsi Samuel Benchetrit au Briff 2021, festival du film international de Bruxelles début septembre.

Grand habitué des longs plans séquences et du comique de situation, le réalisateur parvient à travers une mise en scène extrêment léchée, à rendre beau la supposée laideur.

«Je trouve Dunkerque et les cités HLM plus poétiques que Venise. Ce sont des ghettos et c’est bien là qu’on trouve le plus de poésie au monde. J’ai grandi dans une cité HLM, et c’était poétique par la lumière, les gens, l’humour. Il y a beaucoup de poésie et d’humour dans des endroits terribles comme les camps de migrants par exemple ou dans les catastrophes», insiste ainsi le réalisateur.

Une passion pour le Nord et la musique

Avec ce dernier opus cinématographique, Benchetrit nous dit que l’art est donc à tout le monde. Car,« tout le monde raconte des histoires et siffle des chansons ».

Et d’ajouter :« Mon père était ouvrier dans une usine de serrurerie. C’était un homme dur, ses copains aussi. Nous passions nos vacances et nos weekends tous ensemble et j’aimais beaucoup voir la tendresse qui émanait d’eux lorsqu’ils étaient avec leur femme et leurs enfants. Le nord c’est pudique. J’y ai toujours travaillé et je trouve qu’il faut participer ! Là-bas, s’il y a un champ et un ciel, il faut y mettre sa propre mélancolie. Je n’ai jamais été aussi touché que par le cœur des gens du nord, cela me parle beaucoup».

Et si son dernier long métrage parle bien plus d’amour et d’art que de musique à proprement parler, Benchetrit admet faire des films comme de la musique: en se réunissant avec des amis, dans un décor donné, et en voyant ce qui en ressort. Mais, sans avoir pour but de faire un film qui changera le monde.

Malgré cette approche, le réalisateur reste engagé pour affirmer la nécessité d’avoir et d’affirmer ses convictions.

Des acteurs engagés

Egalement présent au BRIFF 2021, l’acteur et réalisateur belge Bouli Lanners («Ultranova»,«Eldorado») s’est confié à Guiti News sur son admiration pour Samuel Benchetrit, son ami de longue date.

Si leurs cinémas se ressemblent, leurs idéaux aussi. Connu pour son militantisme, Lanners considère que le plus grand problème de l’humanité aujourd’hui n’est autre que l’humain.

« Nous sommes à un stade où il y a tellement d’êtres humains dans une société consumériste et capitaliste que c’est nécessairement à la fin de quelque chose. Et ce qui me rend dingue, c’est qu’on a conscience de cela. Mais, nous ne parvenons pas à imaginer la fin du capitalisme – système qui n’a que trois siècles -, quand nous envisageons aisément que ce soit la fin du monde».

Et d’insister :« Il existe d’autres façons d’aborder l’économie. Le capitalisme n’est qu’une forme de dépenser, ce n’est pas une philosophie. Après le covid, la première chose dont on a entendu parler c’était les vacances et des gens bloqués à l’aéroport… Mais 95% de la planète n’a pas accès à l’eau! »

Preuve s’il en est, que le cinéma rime bien souvent avec engagement et humanité.