Abbaye d’Epau : voyage au cœur des itinérances

Depuis 2013, l’Abbaye cistercienne de l’Epau, près du Mans, accueille, chaque année, dans un écrin hors du temps un ensemble thématique d’expositions photographiques. Cette saison 2019 met à l’honneur le thème de « l’itinérance ».

Marianne Bourgeois


Scène de vie sur l’aire de repos de Montpellier- Fabrègues juillet 2005. Photographie de David Richard. Crédit : abbaye royale de l’Epau.

Est itinérant celui qui va d’un lieu à un autre, qu’il se mette en chemin pour le bout du monde, en bas de chez lui, ou nous invite à un voyage immobile. A mi-chemin entre « l’itinéraire », que l’on peut préparer et que l’on suit, et « l’errance » par laquelle on se laisse porter au gré du hasard, « l’itinérance » est au coeur des enjeux qui animent nos sociétés aujourd’hui. Derrière ces mots, autant de quêtes et de parcours à l’aune du regard croisé de huit photographes (*). Chacun, à sa façon, nous interroge de manière troublante ou insolite, sur notre rapport à notre environnement, aux autres, à notre mémoire collective, à nos représentations et aux évolutions de la société.

De l’Inde à la frontière mexicaine, des ombres de l’abbaye d’Orval aux wagons du Transsibérien, des migrations de la Grande Dépression aux « populations éphémères » des aires d’autoroutes…Périples ou voyages immobiles, une exposition comme un trajet qui donne à apprendre autant qu’il nourrit le regard.

Du documentaire social…

Parmi les artistes conviés, Dorothea Lange, photographe américaine, livre l’un des témoignages clés sur lesquels s’est construite notre lecture de l’histoire de l’Amérique en crise des années 30. Pionnière du documentaire social, Lange considérait son appareil photo comme un outil de lutte politique pour mettre en lumière ce qui lui apparaissait comme autant d’injustices et d’inégalités sociales et faire évoluer l’opinion publique. Son oeuvre se révèle d’une importance capitale dans l’histoire de la photographie documentaire et semble être aujourd’hui encore d’une actualité troublante.

L’itinérance d’après la photographe Alexa Brunet. Crédit : abbaye royale de l’Epau.

Le Français David Richard a choisi de poser son objectif dans un lieu bien spécifique et très symbolique de l’itinérance.« Les aires d’autoroutes du sud de la France sont, pendant la période estivale, des « non lieux » extrêmement fréquentées de jour comme de nuit. Là, le flux autoroutier s’incarne le temps d’une halte. L’aire de repos devient le théâtre de scènes de vie à la fois banales et extraordinaires…». L’artiste travaille régulièrement avec la presse – dont Libération ou M le Magazine, mais il reste avant tout un photographe du documentaire, qui s’intéresse aux rapports que l’homme entretient avec le territoire, tant géographique que mental.

…aux évolutions de notre société

La photographe Alexa Brunet a, elle, donné une perspective originale et efficace à son travail. Elle a choisi de le présenter sous le prisme de la dystopie. Il s’agit d’une contre-utopie, un récit fictif dépeignant un univers déshumanisé et sombre. Dystopia est un pays imaginaire qui plonge ses racines dans la réalité du système économique et sociétal d’aujourd’hui qui tend à faire de l’agriculture une industrie comme une autre. Avec un humour distancé, Alexa Brunet accompagnée de Patrick Herman dénoncent les dérives et les logiques d’un système.

(*) : Dorothea Lange, David Richard, Alexa Brunet, Matjaz Krivic, Karolin Klüppel, Bernard Mottier, Sebastien Tixier

L’exposition se déroule à l’Abbaye Royale de l’Epau, Route de Changé, 72530 YVRÉ L’ÉVÊQUE. Plus d’informations sur www.epau.sarthe.fr

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