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  • C'est leur histoire

    « Symboliser la reconnaissance de notre existence » : Rima Hassan Mobarak, une activiste pressée

    Elle est de celles qui veulent aller vite. Pressée de réparer les torts. Avec son association, Rima Hassan Mobarak, juriste de formation, entend informer et sensibiliser sur les camps de réfugiés. Parce que c'est aussi en lien avec son histoire personnelle. Portrait.

    Elle arbore invariablement le même sourire franc, dissimulant sans peine la fatigue de sa double journée. Le jour, Rima Hassan Mobarak, 29 ans, est rapporteure auprès de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), une juridiction administrative française spécialisée. Le soir (et les week-ends), elle revêt son costume associatif en tant que fondatrice et présidente de l’Observatoire des camps de réfugiés (OCR).

    Soit une jeune structure, qui aspire à collecter des données et enquêter sur les camps de réfugiés dans le monde, ainsi qu’à sensibiliser sur l’existence même et la gestion de ces camps.

    « Mettre la lumière sur des réalités que l’on ne voit pas »

    « Avec l’association, nous voulons mettre la lumière sur des réalités, des vérités que l’on ne voit pas. Et, derrière les mouvements de population, derrière l’exil, restent les camps. Or, si le public entend parler des réfugiés, des exilés, la question des camps figure rarement dans leur paysage », pose la juriste. 

    Et d’ajouter : « Les seules données nous viennent des gestionnaires de camps, il n’existe pas véritablement d’acteur avec un droit de regard, tacle-t-elle. Il est primordial d’avoir accès à des données d’organismes indépendants ».

    Dès la genèse, Rima Hassan Mobarak envisage l’observatoire comme un contre-pouvoir. Par ses études académiques et la pratique de son métier, elle est aguerrie aux questions relatives au droit international. Mais, elle entend devenir experte des problématiques liées à l’encampement. 

    Pourtant, c’était loin d’être une évidence, se souvient-elle. Passée l’épreuve de fédérer une équipe de contributeurs volontaires et motivés, subsiste en elle un sentiment prégnant. Celui de ne pas être à la hauteur, de ne pas être légitime.

    Des questions identitaires

    La juriste est de celles qui veulent aller vite. Pressée de réparer les torts. Les corps aussi peut-être. Meurtris par les déplacements.  

    Car la jeune femme presque trentenaire a bien connu la vie dans un camp. Fille et petite-fille de réfugiés palestiniens, elle naît et grandit dans le camp de Neirab dans la région d’Alep en Syrie, où vivent près de 18 000 personnes. Elle y passe son enfance, avant de débarquer dans l’Hexagone. Elle a alors dix ans.

    A la préadolescence, affluent les questions en lien avec l’identité. A Niort, dans les Deux-Sèvres, où elle poursuit sa scolarité dans une nouvelle langue, on lui demande inlassablement quelles sont ses origines. Rima Hassan Mobarak délaisse son passeport portant un numéro de réfugié. Sans pour autant que ne disparaisse en elle le camp de Neirab. 

    Adulte, elle est mue par une envie : enquêter sur cette première partie de son existence. Elle se retrouve bientôt désemparée par le manque d’informations. C’était comme si ce camp, ce microcosme, cocon de ses premières années, n’intéressait personne, hormis ses habitants.

    L’idée de l’Observatoire jaillit alors progressivement dans son esprit. « Personnellement, si j’étais encore dans ce camp, j’aurais été émue de savoir qu’il existe une ONG comme celle-là, car elle symbolise la reconnaissance de notre existence », s’épanche-t-elle ainsi.

    Vers un outil d’information pour les personnes encampées

    Oeuvrer contre l’invisibilisation des personnes encampées. C’est bien là son dessein et le message qu’elle martèle au gré des interventions croissantes lors de diverses tables rondes organisées par les universités et les associations, de Médecins du monde à la Croix Rouge. « On nous invite parce que les personnes ont envie, besoin d’un espace, où il est possible d’avoir un temps d’échange sur les camps », appuie Rima Hassan Mobarak. 

    Implanté à Paris, l’Observatoire entend se déployer dans d’autres régions dans les prochaines années, afin d’être au plus proche du terrain. Pour ainsi organiser des missions d’enquête et collecter des données directement auprès des populations qui vivent autour et dans des camps de réfugiés. Sa finalité ? Créer des bureaux sur place, avec des acteurs locaux. 

    Car l’autre l’objectif majeur que s’est fixé la fondatrice de l’Observatoire est bien d’informer directement celles et ceux qui résident dans ces camps. « Il est primordial que les contributions soient lues par les principaux concernés à savoir les réfugiés et  les sociétés qui accueillent ces camps », pose-t-elle, en nous dévoilant une carte qui lui tient à cœur, figurant des centaines de points rouges sur différents continents.

    Ces points représentent l’origine géographique des personnes ayant consulté le site web de l’association. « A terme, j’aimerais avoir une carte beaucoup plus interactive avec les réfugiés sur place, afin d’en faire véritablement un outil d’information pour les populations d’accueil », confie-t-elle, pleine d’espérance.

    Et après, quoi ? Entre ses différents engagements et son éloquence, ses proches lui dessinent les traits d’une personnalité publique. La principale intéressée, qui a récemment rejoint la seconde promotion du collège citoyen de France (une école gratuite pour les futurs responsables politiques ndlr), ne bouderait pas son plaisir de venir grossir un jour les bancs de l’hémicycle. Chiche ?

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