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Fin de l’accord UE-Turquie : les exilés à la porte de la Grèce

Des dizaines de milliers de personnes migrantes sont bloquées aux portes de l’Europe, alors que l’accord inhumain à six milliards d’euros passé en 2016 entre l’Union européenne et la Turquie semble prendre fin.

Une tribune de Beraat Gökkus / Photo : CC Ggia Wikimedia


Jeudi 27 février, la Turquie a perdu 33 soldats au nord de la Syrie, à Idlib, après une attaque du régime d’Assad, selon les sources officielles du gouvernement turc. Les forces armées du pays sont présentes dans cette zone depuis l’année dernière. L’une des premières réactions du gouvernement turc a été d’ouvrir ses portes aux exilés présents sur son territoire vers l’Europe.

Le ministre de l’Intérieur turc, Süleyman Soylu, affirme qu’en deux jours, 76 000 personnes migrantes ont quitté la Turquie par la ville Edirne, située à la frontière entre la Grèce et la Bulgarie. Les autorités grecques ne partagent pas ces chiffres, estimant qu’il s’agit de propagande visant à encourager les déplacements des demandeurs d’asile. Le ministre des Affaires étrangères grec, Nikos Dendias, a quant à lui déclaré : “la vérité, c’est que 10 000 personnes ont été refoulées avant leur entrée sur le sol de la Grèce“.

En 2016, l’Union Européenne avait signé un accord inhumain et opportuniste avec le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan. Le calcul des 27 Etats membres a été très simple : une enveloppe de six milliards d’euros, avec pour contrepartie le blocage des demandeurs d’asile désirant chercher refuge en Europe.

Avec cet accord, l’UE, au lieu d’accueillir et de répartir entre ses Etats membres les exilé.es, mise sur un “gardien” pourtant régulièrement critiqué sur le sujet de ses violations des droits de l’Homme. Erdogan a bien su l’utiliser dans les rapports de force diplomatiques. A de nombreuses reprises, le président turc n’a jamais hésité à brandir la menace d’ouvrir ses frontières et de laisser ainsi passer les exilés vers les 27 pays européens.

Gaz lacrymogènes

Le ministre des Affaires étrangères de la Turquie, Mevlüt Çavuşoğlu, estime que si la Turquie n’était pas présente militairement en Syrie, “3 millions de réfugiés” viendraient s’ajouter aux 3,5 millions déjà présents dans le pays. Çavuşoğlu a aussi affirmé, le 29 février à Doha, que “l’Europe a fait 10% de ce qu’elle a promis” dans l’accord de 2016. Le ministre considère que c’est la raison pour laquelle son pays est légitime à laisser passer les Afghans, Iraniens ou Syriens souhaitant gagner l’Europe.

Interviewé par le média VOA (Voice of America Turkish), le 29 février, un trafiquant déclare : “C’est notre métier. Notre pain quotidien vient d’ici. En plus, le raïs (nom donné à Erdogan par ses soutiens, ndlr) a donné la permission. Donc après, tout a été en route pour nous, si tu veux.” L’homme précise que les demandeurs d’asile tentent leur chance pour passer gratuitement vers la Grèce. Mais le fait que les forces de sécurité à la frontière ne les laissent pas passer les poussent à s’en remettre aux trafiquants. Passer en Grèce clandestinement coûte “500 à 600 dollars” par personne, assure-t-il.

De fait, à la frontière grecque, il n’y a d’autre accueil que les gaz lacrymogènes. Les portes sont fermées. Les demandeurs d’asile restent pour l’heure bloqués aux portes de l’Europe, qui tourne le dos à cette crise, et à une dictature n’hésitant pas à utiliser leur vie comme un objet de négociation.

Espérons que cette nouvelle crise de l’accueil s’achève sans une photographie similaire à celle d’Aylan, dont le corps d’enfant avait été retrouvé en 2015, échoué sur les côtes de la Turquie…

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