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L’après : une histoire de résilience # 2

Pour le photographe Federico Iwakawa, la médiatisation de la mal-nommée “crise des réfugié.e.s” a souvent créée des préjugés, de la peur et de la peine vis-a-vis des personnes arrivant sur les territoires européens et demandant l’asile. Comme si la vie de ces personnes n’avait plus aucun intérêt pour les médias, une fois les frontières traversées et les papiers obtenus. C’est pour contrer cela qu’est née “L’après”, sa série photographique. Elle raconte la vie quotidienne de jeunes Soudanais à Toulouse, après l’obtention de leur statut. Zoom sur le second épisode consacré à Abdelmageed.

Photos et texte : Federico Iwakawa.


Avec une voix grave mais amicale, Abdelmageed répond à l’interphone de son logement situé dans un quartier résidentiel de Toulouse. Le jeune Soudanais de presque deux mètres, au regard franc, m’ouvre la porte de son appartement, suivi d’une poignée de main et d’un sourire.

En rentrant, une exquise odeur d’épices me souhaite la bienvenue; la veille il a dîné avec un groupe d’amis, afin de fêter la fin des partiels.

Abdelmageed déjeune avant d’aller à l’université. 28 février 2020. Toulouse.

“Mageed” comme le surnomme ses amis, me prépare un café au gingembre et me propose de m’asseoir sur son canapé. Le même qui sert de lit pour ceux qui en ont besoin. Son appartement est aménagé comme tous les appartements d’étudiants: au mur, deux ballons de son 28ème anniversaire qui se dégonflent, des photos de style polaroid, un tableau pense-bête et un poster avec une phrase du discours de Martin Luther King “I have a dream”.

Abdelmageed étudie dans son appartement. 28 février 2020 Toulouse.

«Je savais que traverser la Méditerranée n’était pas une bonne idée, mais je n’ai pas eu le choix»

Mageed travaillait comme professeur d’anglais, était bénévole dans une association aidant les personnes affectées par la guerre et conduisait la nuit un taxi, à El Facher, capitale de la province du Darfour. La crise économique actuelle s’est ajoutée aux souffrances de la guerre civile ayant déjà tué plus de 300 000 personnes depuis 2003.

Cela a obligé Mageed à quitter le Soudan. « Mon pays a toujours été en guerre », me raconte t-il en buvant une gorgée de son café.

Abdelmageed pose pour un portrait. 4 février 2020. Toulouse.

Dans un premier temps, il s’est installé en Libye à la recherche d’un travail. Lorsque je lui ai demandé ce qu’il y faisait, il m’a répondu: « peu importe ». Il est arrivé en Italie en août 2016 puis est passé par Nice, Paris et Cahors avant de finalement s’installer à Toulouse.

« Voyager en Europe n’était pas dans mes plans, je savais que traverser la Méditerranée n’était pas une bonne idée, mais je n’ai pas eu le choix ».

Abdelmageed sort de son appartement pour aller à l’Université. 28 février 2020. Toulouse.

« Bientôt nous allons nous fiancer »

A ce qu’il paraît, les choses vont mieux depuis qu’il vit dans la ville rose. Il a rapidement obtenu son statut de réfugié et travaille à temps partiel comme livreur. En 2019, il a commencé un master en “Gestion de crise” à l’Institut d’Etudes Politiques, avec pour objectif de s’installer en Afrique de l’Ouest pour travailler auprès de missions humanitaires.

Abdelmageed cherche une plante pour son appartement. 4 février 2020.

C’est l’heure du déjeuner, pendant que Mageed réchauffe les restes de la veille, j’aperçois sur les photos qui décorent son appartement le même visage se répéter. «Je sors avec elle, et bientôt nous allons nous fiancer ».

Abdelmageed et sa petite amie sur une photo. 28 février 2020. Toulouse.

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