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Au Liban, les travailleurs domestiques migrants sur le carreau

Les travailleurs domestiques migrants subissent directement les retombées de la crise économique libanaise. Renvoyés par leurs employeurs mais encore sous le joug du système kafala, leur garant et les autorités politiques n’organisent pas de rapatriements et les laissent sans ressource.

Texte : Somar Bakir / Traduction : Louise Aurat / Photo Flickr CC UNWomen/Joe Saade

La crise qui frappe le Liban depuis plusieurs mois, n’épargne aucun secteur. Pas un jour ne s’écoule sans que ses répercussions économiques et financières n’impactent le quotidien des habitants, dans tous ses aspects.

Cette crise supplémentaire, causée par la pandémie du nouveau coronavirus, révèle le visage raciste de certains pays arabes et la façon dont les travailleurs étrangers sont traités :des humains de « seconde classe », coincés entre le marteau et l’enclume, entre le système des sponsors (voir encadré) et l’exploitation teintée de racisme. D’autant plus que les gouvernements libanais et éthiopien se soustraient à leurs obligations morales et juridiques envers les travailleurs migrants éthiopiens.

Les travailleurs domestiques éthiopiens en première ligne

Il y a plus d’un mois déjà, près de cinquante travailleurs domestiques éthiopiens s’étaient rassemblés devant leur ambassade au Liban. Ils demandaient à retourner dans leur pays, après avoir été abandonnés par leur sponsor, suite à la dépréciation de la monnaie locale par rapport au dollar. Leurs employeurs ont invoqué la même raison pour les renvoyer, n’étant plus capables de payer leur salaire, d’environ 200/300 $. Ils n’ont plus de travail, ni logement, ni nourriture.

Un grand nombre d’entre eux ont enduré des violences physiques et psychologiques, ainsi que des abus sexuels. Il n’est pas rare qu’ils soient enfermés à l’intérieur des maisons où ils travaillent et qu’ils se voient retirer tous leurs papiers d’identité. La ministre libanaise du Travail , Lamia Yammine, leur a proposé un hébergement à l’hôtel pour une nuit seulement.

Ce sont les ONG et les humanitaires qui ont ensuite accueilli les travailleurs, en leur assurant un toit, de quoi manger et des soins jusqu’à qu’une solution soit trouvée.

Gouvernements et employeurs échappent à leurs responsabilités

Le coût total d’un retour au pays natal s’élève à 1400 $ par personne environ. Le sponsor et les deux gouvernements, libanais ou éthiopien, essayent d’éviter de payer cette somme, empêchant les travailleurs migrants de partir. Sans aide et sans papiers d’identité, pour la plupart, ils ne peuvent pas quitter le Liban, ni accéder à leurs droits. Les employeurs les laissent livrés à eux mêmes et ne leurs fournissent aucune compensation matérielle ou financière.

« Le problème principal, c’est que Ethiopian Airline impose le paiement du billet d’avion en dollar américain et le coût est élevé. A cela s’ajoute la réservation d’un hôtel pour quatorze jours », a indiqué Lamia Yammine, la ministre du Travail.

Au début de l’année 2020, le taux d’échange équivalait à 2080-2130 livres libanaises pour 1$. Aujourd’hui, 1$ sur le marché noir s’achète autour de 8500 livres et se vend jusqu’à 9200 livres, alors que le taux officiel de la Banque centrale du Liban est de 1500 livres.

Des solutions temporaires

« Mon employeur n’était plus capable de payer mon salaire, ni en dollars, ni en livres, donc il m’a emmené à l’ambassade », a déclaré un travailleur domestique au journal libanais An-Nahar. « Le salaire de mon travailleur domestique est de 250$, sans inclure les dépenses pour ses besoins élémentaires, ce qui équivaut à la moitié de mon salaire. Je l’ai donc renvoyée même si elle n’était pas d’accord avec cette décision, mais j’ai promis de la faire revenir si la situation s’améliore à l’avenir », a ainsi assuré une autre femme, à Maharat News,à propos du renvoi de son employée domestique.

« L’ambassade éthiopienne et des bénévoles ont offert des abris aux manifestants. Personne ne dort à la rue maintenant, mais il n’y aucune information sur la date de retour, surtout que la situation sécuritaire en Éthiopie se détériore », a expliqué le journaliste Luna Safwan, à Guiti News.

Des travailleurs de nationalités différentes

Les travailleurs domestiques éthiopiens ne sont pas les seuls à faire face à ce problème. D’autres, originaires du Ghana, d’Indonésie, de Philippines, de Sierra Leone, du Soudan ou de Syrie, sont confrontés aux mêmes difficultés. Plusieurs Soudanais ont aussi protesté devant leur ambassade pour demander à rentrer chez eux. Les manifestants brandissaient des pancartes telles que : « Notre dignité est en danger. Nous dormons dans la rue et mangeons ce que les gens nous distribuent. »

Ils implorent l’État soudanais de les rapatrier. « Ce sont tous ceux qui ont été expulsés de leur travail : des ateliers, des magasins, des immeubles qu’ils surveillent en tant que gardien… L’ambassade soudanaise a fermé ses portes pendant quelques jours et ne les a pas rouvertes pour nous aider à partir, même après la reprise des vols à l’aéroport international de Beyrouth », partage un manifestant à nos confrères d’Al Araby.

La crise monétaire touche toutes les classes sociales mais les plus marginalisés le sont encore plus sévèrement. Comme si le système des sponsors, cet esclavage moderne, n’était pas une peine suffisante pour ces travailleurs. La crise économique et financière, doublée de celle du covid-19, multiplient les épreuves.

KESAKO ?

Le système de Kafala ou sponsor : Sorte de parrainage, le Kafala regroupe un ensemble de règles administratives, pratiques et obligations légales. Ce système lie le travailleur migrant à son employé (sponsor). Selon la loi libanaise du travail, un travailleur domestique migrant ne peut pas travailler légalement dans le pays sans ce contrat. Ce dispositif abusif donne tous les pouvoirs aux employeurs et privent les employés de leurs droits : un salaire minimum, des heures supplémentaires rémunérées, une aide financière en cas de licenciement, la sécurité sociale et tous les autres droits garantissant leur sécurité au travail.

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