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Avec «Migrando» l’humoriste Carla Bianchi s’invite «chez vous»

Cherchant à concilier son métier, humoriste, et la recherche de sens, Carla Bianchi a imaginé un spectacle polyphonique sur l’accueil des personnes migrantes en France. Son seul en scène«Migrando», qui se joue actuellement à Paris, se joue des stéréotypes pour inviter à une humanité partagée. Rencontre.

Une chronique de Sofia Belkacem / Photos tirées du spectacle : DR Christine Coquilleau


Avec son accent italien, mélodieux, elle débarque sur scène arborant un large sourire, pour balancer : «Moi, je suis une migrante privilégiée, je suis blanche». Elle s’enquiert ensuite auprès de son public : « Ça va, vous ? Vous avez passé une bonne journée ? Personne n’a été renvoyé ? Bon, parce qu’on va parler d’un sujet compliqué ». Le ton est donné.

Avec « Migrando », la comédienne Carla Bianchi met en lumière l’accueil des personnes migrantes en France. Elle nous narre ainsi les histoires d’Adama, de Lanzhim et de Constance sur une embarcation de fortune inconfortable, et pourtant si dispendieuse, qui les mène en Europe.

En parallèle, l’artiste évoque le projet un peu fou d’une concitoyenne italienne, Maria Pistacchio. A savoir convaincre des petites bourgades françaises d’accueillir ces personnes. Et d’en égrener les avantages : repeupler des espaces vides, ouvrir des commerces, maintenir des écoles…

Autant le dire franchement, son projet« Accueille un migrant, réanime un village» ne remporte pas tous les suffrages…

Les tractations commencent, et avec elles s’affronte l’image de deux France différentes.

Le miroir d’une expérience réussie

Le spectacle est inspiré d’une histoire vraie. Survenue de l’autre côté des Alpes il y a plus de vingt ans. Celle du village de Riace en Calabre, où l’édile Domenico Lucano a décidé d’accueillir et de former les quelques 187 ressortissants kurdes arrivés à bord d’un voilier de 35 mètres le 1er juillet 1998. Une expérience devenue depuis un exemple à l’échelle internationale.

« J’ai pris connaissance de cette histoire tandis que je réfléchissais à l’écriture de mon nouveau spectacle. Et, j’ai été très surprise ! J’étais en train d’écrire le scénario de repeuplement d’un village vide qui se trouvait revitalisé par l’accueil de personnes, et cela existait déjà », se souvient Carla Bianchi.

Italienne résidant dans l’Hexagone, la comédienne avait mis en scène, avant « Migrando », les différences culturelles entre les deux frères ennemis que sont Paris et Rome. « Mais je voulais faire autre chose. Cela ne me suffisait plus. J’ai alors réfléchi à un sujet qui me secouait les tripes. Et je l’ai trouvé ».

«Trouver un point de rencontre»

Faire rire et pleurer. C’est le dessein de la comédienne. « On commence en riant pour finir en pleurant. C’est très italien de faire ça, à l’instar de Dino Risi (« Le signe de Vénus », « La marche sur Rome ») ou Roberto Benigni (« La vie est belle »). Deux figures qui m’ont énormément marquées », reconnaît Carla Bianchi.

Avec ce nouveau spectacle, l’artiste entendait donc mettre l’humour au service du sens. Se jouer des préjugés. Tout en mettant en lumière des opinions qui ne sont pas les siennes. «Je suis plutôt pour l’accueil, mais je comprends que c’est clivant. Je voulais trouver un point de rencontre». Et, il faut dire que c’est plutôt réussi.

« Migrando » se joue jusqu’au 18 décembre tous les samedis à 18h à la Nouvelle Seine de Paris.