«Data Mossoul» : la recherche de la mémoire perdue

La mort, la vie, la mémoire. Des thèmes ambitieux que la metteuse en scène Joséphine Serre a choisi d’évoquer dans sa pièce « Data Mossoul », qui se joue au théâtre de la Colline, à Paris, jusqu’au 12 octobre prochain. Se côtoient sur scène le dernier empereur assyrien, une ingénieur du web, un bibliothécaire et une archéologue à Mossoul. Soit quatre personnages, trois époques et trois civilisations réunis autour de la notion de transmission de l’Histoire.

Juliette Vincent et Abdallah Al Hassan


© Tuong-Vi Nguyen

Que restera-t-il de notre histoire si toutes nos données sont supprimées ? Nous sommes en 2025. Mila Shegg, jeune « data scientist » employée dans la Silicon Valley, aux États-Unis, a pour mission de nettoyer Internet et de supprimer des millions de pages. Une fable qui permet de se rendre compte de la dangerosité du web et de ses pièges.

« Il est facile de manipuler les gens en fonction de l’histoire que l’on écrit », assène Joséphine Serre. La metteuse en scène a tenu à mettre en lumière d’autres sujets – éthiques –  prégnants au numérique. Pour exemple : « à partir de quand sommes-nous ou cessons-nous d’être humain ? ». Un topos que continue de nous poser les intelligences artificielles.

Prête à tout pour conserver les ultimes traces de son pays

Un personnage nous a particulièrement touché : l’archéologue à Mossoul, interprétée par Joséphine Serre, qui tente de sauver les tablettes d’argile millénaires des destructions de l’Etat islamique. La comédienne est confrontée à deux jihadistes. Des échanges vifs puis des silences. Le désespoir d’être confrontée aux pillages. Et cette femme prête à tout pour conserver les pièces et traces de son pays. Un moment fort et intense de “Data Mossoul“. Le public se retrouve confronté aux notions d’effacement, de construction et déconstruction de l’Histoire.

Des monologues rythment la pièce pour s’interroger sur la vie, la mort, la bienveillance, le vivre-ensemble… Ces thèmes, Joséphine Serre a souhaité les aborder en réponse aux angoisses qui selon elle, génèrent beaucoup de violences dans notre société. « On va tous mourir, donc à travers la pièce, j’ai pour désir de ralentir, d’accepter la condition humaine, d’apaiser le public pour pouvoir être dans un monde plus serein ».

© Tuong-Vi Nguyen

Une même envie qui anime la comédienne Estelle Meyer, interprétant le dernier empereur assyrien Sin-shar-Ishkun, lorsqu’elle quitte la scène. « Nous sommes tout petit et donc honoré d’être vivant. On est sur terre, sur un temps donné et avons la chance de penser à nos ancêtres ». Estelle Meyer joue également un jardiner, bibliothécaire des plantes qui stocke toute la mémoire du monde dans ses végétaux.

Des sujets complexes et passionnants donc, mais on regrettera que la construction de la pièce soit parfois bancale, quitte à nous faire perdre le fil. Des longueurs aussi, qui nous empêchent de saisir l’étendue et la pertinence des messages que l’auteure souhaite faire passer. On ressort en tout cas de  “Data Mossoul” comme poussés à la réflexion et à l’action.

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