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Ile-de-France: la détention et l’expulsion imminente d’un père de famille géorgien suscitent l’indignation

Fuyant les violences en Géorgie, la famille Apkhazishvili débarque dans l’Hexagone en juin 2019. Leur demande d’asile rejetée, l’obligation de quitter le territoire français (OQTF) suit. Malgré les errances, les séjours d’hôtel en hôtel, les cinq enfants restent scolarisés. L’arrestation du père de famille, Diviti Apkhazishvili, en décembre dernier, et son renvoi imminent à Tbilissi viennent précariser la famille, et « risquent de contraindre l’épouse et les enfants à un retour en Géorgie », fustigent soutiens et associations, qui tentent de mettre la lumière sur la situation des Apkhazishvili .

Texte : Sofia Belkacem / Photo : Laure Playoust


« Avec les enfants, nous sommes très stressés… ». Elle s’arrête un moment, avant de reprendre la voix tremblante : « Je ne sais pas… comment continuer à vivre ».

Depuis sa chambre d’hôtel à Persan, dans le département du Val-d’Oise, Maia Jojua Apkhazishvili s’inquiète du sort réservé à son époux Diviti Apkhazishvili, arrêté le 11 décembre 2020 à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle. Sous le joug d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF), après le rejet de sa demande d’asile en août 2019, Diviti Apkhazishvili a été envoyé dans le centre de rétention administratif (CRA) de Mesnil Amelot le 12 décembre dernier.

S’étant vu notifié une Interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) d’une durée d’un an, le père de famille doit être renvoyé en Géorgie, son pays de naissance.

S’il a refusé de se soumettre au test covid, retardant de facto son expulsion, d’autres vols à destination de Tbilissi, la capitale géorgienne, sont prévus le 28 et le 30 janvier prochains. Ses proches et les soutiens de la famille craignent ainsi qu’il quitte l’Hexagone sous peu.

« Nous sommes devenus amis ce soir-là »

Ces derniers s’organisent alors pour mettre la lumière sur cette expulsion imminente. Ce lundi 25 janvier, un rassemblement a ainsi eu lieu devant la préfecture de Saint-Denis. La communauté éducative et les parents d’élèves du collège Victor Hugo à Sarcelles (95), où sont scolarisées les deux aînées de la famille Apkhazishvili, Salomé (15 ans) et Lizi (12 ans), ont également lancé une pétition, adressée à Georges-François Leclerc, Préfet de Seine-Saint-Denis.

Arguant que l’expulsion de Diviti Apkhazishvili « menace l’équilibre déjà précaire de cette famille et risque de contraindre l’épouse et les enfants à un retour en Géorgie ». Une pétition – qui a recueilli quelques 2.800 signatures – pour dire aussi l’intégration de la famille Apkhazishvili, et les prometteurs résultats scolaires de Salomé et Lizi. Elles ont été « assidues et ponctuelles (…) Elles font preuves d’une détermination rare et d’une réelle volonté de progresser », martèlent les pétitionnaires. Et d’ajouter qu’elles ont non seulement noué de fortes amitiés, mais qu’elles ont également construit des relations de confiance avec les adultes.

Présidente de l’association Timmy, qui vient en aide aux mineurs isolés, Espérance Minart corrobore. Évoquant une famille soudée, courageuse et « d’une droiture extraordinaire ». Elle se souvient de leur rencontre le 15 février 2020 à minuit devant l’hôpital parisien Robert Debré, alors qu’elle accompagnait un enfant aux urgences.

« On a beaucoup discuté, les regards vides et épuisés des enfants m’ont transpercée, nous sommes devenus amis ce soir-là ».

Maia Jojua Apkhazishvili devant la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny le 25 janvier.

Un combat pour la dignité

Depuis avec son association, elle tente de les aider avec des courses, des appuis financiers, afin que « les parents soient autonomes dans leurs achats (médicaments, vêtements, fournitures, nourriture…) et retrouvent un peu de leur dignité ».

Pour Espérance Minart, le traitement réservé à Diviti Apkhazishvili revient à le considérer comme « une menace à l’ordre public ». Insupportable pour Maia Jojua Apkhazishvili, qui insiste, « mon mari n’est pas un criminel ».

Dans l’attente et la désolation, la mère de famille de 36 ans occupe ses journées dans leur chambre d’hôtel d’une vingtaine de mètres carrés à Persan. Ses deux plus grandes filles occupent une petite chambre, quand les trois derniers Anastasia (8 ans), Nikolaz (9 ans) et Giorgi (6 ans) dorment dans la plus grande chambre attenante.

Ses cinq enfants à l’école, ses journées, fastidieuses, s’écoulent vite entre les tâches ménagères et la préparation des repas – dans la cuisine collective du 1er étage de l’hôtel-.

Cette chambre leur est assignée jusqu’au 7 février. Ensuite, ils devront trouver un autre hébergement. Leurs soutiens se démènent ainsi pour tenter de trouver une solution pérenne.

Salomé Apkhazishvili, devant la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny le 25 janvier.

L’impossible retour

Depuis décembre, Maia Jojua Apkhazishvili ressasse, tous les jours, inlassablement la même angoisse. Celle de voir son époux expulsé dans le pays qu’ils ont fui. Pour elle, le danger se conjugue toujours au présent. « Bien sûr que mon mari risque la mort », insiste-t-elle, évoquant les divisions ethniques et les violences survenues dans leur ville d’origine.

Attaquée à plusieurs reprises, la famille s’installe en France le 2 juin 2019. Après avoir passé huit mois à Gap, dans les Hautes-Alpes, ils arrivent à Paris. En janvier 2020, l’obligation de quitter le territoire est confirmée pour les deux époux par le tribunal administratif de Marseille.

Des conséquences psychologiques

La mère de famille s’inquiète de la santé psychologique de son époux en CRA, tout comme celle de ses enfants. Ceux-ci vont par ailleurs commencer à suivre une psychothérapie, pour atténuer les séquelles post-traumatiques.

Le 20 janvier dernier, l’ensemble de la famille Apkhazishvili a rendu visite au père incarcéré. « Cela m’a fait du bien, j’ai pu lui faire un câlin pendant cinq minutes », abonde Salomé, l’aînée de la fratrie.

Et de poursuivre dans un français impeccable « Cette situation est très difficile. Je suis très proche de mon père. C’est à lui que je confiais tous mes secrets, pas à ma mère. C’est un homme bon », conclue-t-elle.

L’adolescente, qui se dit heureuse de pouvoir compter sur le soutien de ses camarades de classe et de son école, reste résolument tournée vers l’avenir. L’année prochaine, elle souhaite entrer en seconde dans un lycée de Sarcelle. Son rêve ? « Devenir avocate. Pour assister les familles dans le besoin ».

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