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Love is not tourism : les couples franco-étrangers disent leur ras-le-bol

« L’Etat s’immisce dans votre vie privée et décide si oui ou non vous avez une relation sentimentale ». La prolongation de la fermeture des frontières dans un contexte de crise sanitaire implique que des couples, dont l’un des conjoints réside en France, sont séparés depuis six, huit, dix mois. D’où la mise en place par le gouvernement d’une procédure dérogatoire concernant les couples franco-étrangers non-mariés et non-pacsés. Mais, d’après les personnes concernées que nous avons rencontrées, cela ne change rien.

Texte et photos : Laure Playoust


UN HOMME TIENT UNE PANCARTE ET SON TELEPHONE EN LIGNE AVEC SA FEMME PENDANT LA MANIFESTATION LOVE IS NOT TOURISM, PARIS, 27 SEPTEMBRE 2020. PHOTOGRAPHIE DE LAURE PLAYOUST / HANS LUCAS.


Epoux et enfants séparés, femmes donnant naissance seules, personnes atteintes de maladies graves, conjoints engagés dans des démarches de mariage devenant interdits de séjour… La survenue du covid a une incidence immense sur la vie et le bien-être des familles en France, et notamment sur la vie amoureuse.

Le gouvernement a mis en place une procédure dérogatoire concernant les couples franco-étrangers non-mariés, non pacsés et qui n’ont pas fait reconnaître leur concubinage. 

Une démarche délicate, car il s’agit d’établir la réalité de ces relations sentimentales à distance en vue d’un “laissez-passer”, pour une entrée temporaire en France, et ce sans ouvrir de brèche dans les réglementations migratoires existantes.

Ce nouveau “laissez-passer”, amendé par le gouvernement français le 21 septembre dernier présente cependant des failles. Il exclut de fait 40% des couples concernés, étant non applicable aux résidents français non citoyens et aux enfants mineurs de conjoints étrangers.


Le collectif #LoveIsNotTourism, et les couples binationaux séparés par la fermeture des frontières qui le composent, se sont mobilisées le dimanche 27 septembre pour appeler le Ministère de l’Intérieur à débloquer la situation.

« L’Etat décide si oui ou non vous avez une relation sentimentale »

UN MEMBRE DU COLLECTIF EXPLIQUE SA SITUATION PENDANT LA MANIFESTATION. PARIS, 27 SEPTEMBRE 2020. PHOTOGRAPHIE DE LAURE PLAYOUST / HANS LUCAS.

Aude, fiancée à un américain explique « Ce qui nous fait nous rassembler aujourd’hui c’est l’absence de solutions pérennes pour les couples binationaux qui ne sont ni mariés, ni pacsés et auxquels l’Etat demande aujourd’hui de justifier une relation sentimentale. En somme, l’Etat s’immisce dans votre vie privée et décide si oui ou non vous avez une relation sentimentale. Si oui ou non votre conjoint pourra venir en France pour vous permettre de poursuivre vos projets familiaux : mariages, enfants ».

« Le virus n’aime pas l’amour, nous si ! »

Claude est en couple avec un américain qui vit à Los Angeles. La dernière fois qu’ils se sont vus, c’était pour fêter la Saint-Valentin, il y a neuf mois, à Madrid. Depuis, il a envoyé des lettres à la présidence de la République, aux ministres et à sa députée pour mettre en lumière sa situation.

Seuls retours : des lettres types notifiant que les courriers avaient bien été reçus, mais qu’il était impossible de donner suite à sa demande.

LES MEMBRES DE LOVE IS NOT TOURISM POSENT DEVANT LE MINISTERE DE L’INTERIEUR. MANIFESTATION LOVE IS NOT TOURISM, PARIS, 27 SEPTEMBRE 2020. PHOTOGRAPHIE DE LAURE PLAYOUST / HANS LUCAS.

« Quand M. Lemoine ( secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Europe et des Affaires Étrangères, NDLR) a fait sa grande déclaration le 8 août, il a asséné : ” le virus n’aime pas l’amour, nous si “. En vérité, il n’aime pas l’amour non plus. Et depuis, ce monsieur a disparu de la circulation après avoir monté une véritable usine à gaz. C’est simplement Clément Beaune qui a récemment repris le flambeau. En simplifiant la démarche, mais pris à leur propre piège car en demandant des dossiers extrêmement complets, ils n’arrivent pas à suivre pour donner des réponses. Il y a des solutions simples qui existent en Europe. Le Parlement européen lui-même a exhorté les pays à adopter une solution simple et unique. Je crois que notre gouvernement appelle de ses vœux à plus d’Europe, mais pour ce sujet bizarrement non, pas d’Europe… »  

La force du passeport en question

Amélie est en couple avec un Indien qui vit au Canada sur un visa étudiant : « s’il quitte le pays, il n’est pas sûr de pouvoir y retourner. Il n’est jamais venu en France et c’est une condition du laissez-passer. On fait partie des couples qui se retrouvent dans le monde entier et il n’a pas la citoyenneté qui lui permet d’aller partout. Cette règle est absurde ».

Même problème pour Paola, en couple avec un zimbabwéen qui fait ses études aux États-Unis. Impossible pour lui de se risquer à sortir du pays sans garantie de pouvoir y revenir pour terminer son MBA (Master of Business Administration, NDLR).

UNE FEMME TIENT UNE PANCARTE PENDANT LA MANIFESTATION LOVE IS NOT TOURISM. PARIS, 27 SEPTEMBRE 2020. PHOTOGRAPHIE DE LAURE PLAYOUST / HANS LUCAS.

Le bruit du silence

Mais le plus compliqué à supporter, nous disent-ils, c’est le silence, la non-réponse. Aucun moyen de pouvoir s’organiser.

Anthony a rencontré sa compagne en Algérie en 2018, il devait la rejoindre en mars, juste avant le confinement. Il a fourni un dossier complet aux autorités françaises, rajoutant même des photos du couple.

« On a eu juste accusé de réception le jour du dépôt du dossier et ensuite on a attendu. Aucunes nouvelles. Entre temps, j’ai acheté un billet d’avion pour le 29 septembre, mais je n’ai pas eu de réponse non plus. C’est compliqué, je ne peux pas y aller non plus. Ils nous disent : ” tant que les frontières sont fermées, on ne peut pas vous donner de visa”. Hormis le laissez-passer, qui était fait pour compenser ça ».

Le collectif continue de se mobiliser pour que son combat soit reconnu. Certains pays d’Europe comme le Danemark, l’Autriche et les Pays-Bas permettant aux couples de se retrouver depuis peu.

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