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Comment le confinement a compliqué la situation des travailleurs sans-papiers

Des petits boulots envolés, la peur de tomber malade pour ceux qui ont pu travailler, ou encore la crainte de ne pas pouvoir régulariser son loyer. Le confinement a confronté les sans-papiers à de nombreuses difficultés. Guiti News a interrogé trois de ces travailleurs, qui reviennent sur les répercussions économiques, mais aussi psychologiques de cette période si particulière.

Texte : Adam Djibril, Manon Minaca et A.L. / © Image Unsplash libre de droit

Le confinement a été éreintant pour beaucoup, et les sans-papiers ne font pas exception. Alors que les appels à les régulariser temporairement sont restés muets, beaucoup de ces travailleurs se sont retrouvés en grande difficulté.

Pour Lima, Daouda et Djamil*, la crise sanitaire a été éprouvante, tant sur le plan financier qu’émotionnel. 

« On a peur de tomber malade »

Pour Lima, originaire du Mali, le confinement a rimé avec labeur. Chargé de ranger des palettes dans l’entrepôt d’un distributeur de jeux de société en région parisienne, il a dû continuer de travailler pour ne pas perdre son unique source de revenus. La crise sanitaire n’a rien changé à ses conditions de travail.

Malgré ses difficultés à prendre les transports, ses employeurs n’ont fait preuve ni de compréhension ni d’adaptation. « Même pendant l’épidémie, si on est en retard, on nous retire de l’argent de notre salaire. On répète que c’est très compliqué pour nous de venir à l’entrepôt, mais on ne nous écoute pas ».

Même son de cloche au niveau sanitaire. Aucune mesure n’a en effet été prise pour protéger les travailleurs du virus. « On ne nous fournit ni de masques ni de gants. Si l’on veut se protéger, c’est à nos frais ! On a peur de tomber malade ». Les mesures de distanciation physique ne sont pas non plus appliquées. « On travaille habituellement en binôme et le covid-19 n’a rien changé. On est obligés de continuer à travailler à deux et les distances ne sont évidemment pas respectées »

« Cette période a été très angoissante pour moi »

Egalement originaire du Mali, Daouda vit de petits boulots qu’il obtient par bouche-à-oreille. Ces derniers mois, il a ainsi prêté main forte dans des déménagements, a réalisé des travaux dans le secteur du bâtiment, ou bien encore a travaillé dans les entrepôts, Le confinement a donné un grand coup de frein à ses activités. « Je n’ai pas pu travailler. Tout était fermé, je n’ai rien trouvé…» Daouda a ainsi accusé une perte totale de revenus. « Cette période a été très angoissante pour moi. J’ai une situation très précaire, j’ai dû me débrouiller avec de petites économies que j’avais de côté pour continuer à payer le loyer et à me nourrir ».

Pouvoir continuer à payer son loyer, c’était aussi une nécessité pour Djamil*, travailleur sans-papiers. Depuis plus d’un an, il enfourche son vélo et enchaîne, à un rythme effréné, les courses d’un bout à l’autre de Paris, pour une célèbre plateforme de livraison de nourriture. « Pendant le confinement, c’était dur psychologiquement. J’avais peur de contaminer mes proches. En plus de ça, je n’avais plus de contact direct avec les clients ».

Ce sont spécifiquement les réglementations sanitaires, exhortant à ne plus délivrer les commandes en mains propres, qui ont engendré des complications dans son travail. « Certains clients insistaient pour que je monte dans leur immeuble, jusque devant la porte de leur appartement. Chose impossible, vu que l’on n’avait pas le droit de composer les digicodes… Ça a donc donné lieu à plusieurs disputes…».

Des clients peu compréhensifs

Le mécontentement de ces clients ne se faisait pas attendre. Quelques minutes plus tard, ils lui laissaient un commentaire négatif sur l’application. Résultat : des statistiques plombées. Et moins de livraisons à la clef. 

Pour ne rien arranger à ce cercle vicieux, le cycliste devait se débrouiller sans protection. Ici aussi, son employeur n’a fourni aucun moyen de protection aux livreurs, ni même d’attestation de déplacement spécifique, contrairement aux plateformes concurrentes. « Au milieu du confinement, ils nous ont dit qu’on pouvait aller s’acheter des masques et qu’ils nous rembourseraient ».

« J’ai pas besoin de vos bravos »

Djamil n’aura pas réussi à s’en procurer, en raison de la pénurie. Heureusement, il n’a pas été infecté par le coronavirus. « J’ai simplement été malade deux jours, et j’ai arrêté de travailler à ce moment-là. J’avais réalisé des livraisons tous les autres jours du confinement. J’étais très fatigué »

Quand on lui demande son avis sur les hommages aux travailleurs en première ligne, le jeune homme ne mâche pas ses mots. Et fustige une hypocrisie ambiante. « J’ai pas besoin de vos bravos, parce qu’au fond vous pensez qu’on est des sous-hommes ».

Malgré cela, Djamil continue à espérer que la situation des livreurs précaires évoluera dans le bon sens. 

*les prénoms ont été modifiés.

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