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« Soit je meurs du corona, soit je meurs de faim » : au Zimbabwe, la population entre le marteau et l’enclume

La COVID-19 force la population du Zimbabwe à un choix cornélien, après que le président Emmerson Mnangagwa a annoncé, la semaine dernière, la prolongation de la deuxième phase du confinement.

Texte : Thelma Chikwanha / Traduction : Maïa Courtois et Laurent Dupuis / Photographies : Tsvangirai Mukwazhi.

Les travailleurs et la société civile dans son ensemble affirment qu’une extension de la période de confinement récemment décidée par le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, signifierait la mort de sa population par la famine. Pour un pays dont l’économie est à l’agonie, et ne disposant pas de système de protection sociale, cette affirmation ne pourrait être plus proche de la vérité. 

Au Zimbabwe, pays comptant quatorze millions d’habitants, seuls 10% des travailleurs sont employés officiellement, tandis que 90 % survivent grâce à un marché informel, dont les règles impliquent de ne manger que ce que l’on tue. 

Le Zimbabwe est une nation de commerçants, où les citoyens gagnent leur vie en vendant des petites choses pour survivre. Avec ce type de commerce, la distanciation sociale représente un défi majeur. Une mesure susceptible de laisser les personnes concernées dans l’impasse. 

Des chiffres sous-estimés

Plus de 355 000 personnes sont mortes dans le monde depuis que le Covid-19 a été repéré pour la première fois en décembre 2019 à Wuhan, capitale de la province chinoise du Hubei. Au Zimbabwe, 132 cas ont été confirmés et 4 personnes sont décédées. Des chiffres repris sur le site Internet de la Johns Hopkins University (JHU) de Baltimore, aux Etats-Unis.

Mais, alors que ces chiffres évoqués par le Zimbabwe sont relativement bas, des experts disent qu’ils pourraient être bien plus élevés en réalité. Des personnes tombent malades et meurent à la maison, parce qu’elles n’ont pas accès aux établissements médicaux. 

Des citoyens disent aujourd’hui que le confinement – dont la durée est pour l’instant indéterminée – cause des dommages sociaux et économiques, particulièrement pour les familles pauvres qui vivent en-dessous du seuil de pauvreté, dont les commerçants informels. 

Selina Nzungu, qui subvient aux besoins de sa famille avec des revenus provenant de sa petite épicerie à Warren Park, un quartier de Harare, la capitale du Zimbabwe, explique que le confinement l’a mise dans une situation difficile. 

« Cela ne peut pas durer plus longtemps. Je me retrouve à devoir choisir entre la peste et le choléra. Soit je meurs du corona, soit je meurs de faim », lâche Selina Nzungu. 

Des ouvriers agricoles vendent leurs produits, lors d’enchères de tabac, défiant les directives de confinement du gouvernement.

L’économie ou la vie

Mais le président Mnangagwa affirme qu’il préfère sacrifier l’économie et ainsi sauver des vies. 

« J’ai assisté à plusieurs conférences sur comment faire croître l’économie. Mais, je n’ai jamais assisté à une conférence sur la façon de faire ressusciter des vies perdues. Dès lors, les mesures que je prends en tant que président de la république ont pour but de sauver des vies », déclare ainsi le président dans un communiqué publié sur le site Internet de son parti

Emmerson Mnangagwa indique également que la trajectoire à la hausse des infections au Covid-19 est une preuve que le pays n’a pas encore atteint le pic d’infections, et qu’il est nécessaire de continuer le confinement. 

Itai Rusike, le directeur exécutif du Community Working Group on Health (CWHG), une organisation qui défend le droit aux soins de santé au Zimbabwe, soutient que les emplois et les revenus ont un impact sur la santé. Laissant le pays avec cet équilibre difficile à trouver, entre mesures de protection de la santé et celles de sauvegarde de l’économie. 

« Alors que les cas importés de Covid-19 ont été bien gérés de manière générale grâce aux restrictions de voyage, les degrés de compréhension sont différents au sein de la communauté. La préparation relative au contrôle des cas et aux stratégies de test, de traçage et d’isolement fait défaut. Cela soulève la question de savoir comment, à quelles étapes, et quand le Zimbabwe identifiera les zones à haut risque et à forte vulnérabilité, et avancera des mesures proactives efficaces pour tester suffisamment de personnes, en comparaison à l’Afrique du Sud et à la région », étaye ainsi Itai Rusike.

Hausse de la violence envers les femmes

Directrice de Tag a Life, une organisation qui défend les droits des femmes, Nyari Mashayamombe indique que même s’il est nécessaire, le confinement représente de nombreux problèmes pour les femmes, qui figurent parmi la majorité des petits commerçants informels. 

« Nous avons constaté une hausse des cas de violence envers les femmes depuis le début du confinement», déplore Nyari Mashayamombe.

« Quand il n’y a pas de nourriture à la maison, cela mène à de l’incompréhension, qui elle-même mène à de la violence, et les femmes en portent le poids. Avec Tag a Life, nous y avons répondu et nous avons offert notre soutien aux jeunes femmes, mais il est difficile d’accéder à des services comme la police ou les soins de santé en ce moment. Il n’y a pas non plus d’accès aux tribunaux. Cependant, nous croyons que cela devrait changer les prochaines semaines.»

Des ouvriers agricoles vendent leurs produits, lors d’enchères de tabac, défiant les directives de confinement du gouvernement.

La population entre la peste et le choléra

L’impact du confinement soulève la question de sa viabilité, alors que la population a besoin de travailler pour manger. La crise sanitaire due au Covid-19 laisse les habitants du Zimbabwe entre le marteau et l’enclume. D’un côté, le virus est une réalité. De l’autre, la perspective de la famine, si la population ne travaille pas, est également une réalité.

Mais l’un dans l’autre, pour un pays avec un système de soins de santé en miettes qui compte, ces dernières décennies, sur l’aide d’organisations internationales comme le Global Fund et le plan d’aide américain President’s Emergency Fund for Aids and Relief (PEPFAR), le président Mnangagwa n’a finalement que peu de choix. 

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