Elections européennes : quid des intox des candidats sur l’immigration

Intox et fausses promesses. Certains candidats au Parlement européen n’hésitent pas à surenchérir sur la question migratoire. Guiti News vous propose un décryptage de trois arguments entendus pendant la campagne.

Abdallah Hassan et Ludivine Aurelle


Les représentants des six listes les plus importantes ont débattu mercredi soir sur le plateau de France 2. Crédit : capture écran Franceinfo.fr

• « En France, 90% des migrants sont des migrants économiques ». Jordan Bardella (RN) sur LCI le 20 mai.

FAUX – Le chiffre avancé par la tête de liste du Rassemblement national est bien au-dessus de la réalité. Jordan Bardella sous-entend ici que 90% des personnes qui souhaitent déposer une demande d’asile en France ne seraient pas éligibles au statut de réfugié. Or, cette affirmation ne correspond pas aux chiffres avancés par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). L’année dernière, le taux de reconnaissance du statut de réfugié était de 35,9%. Cela veut dire que plus d’un tiers des 123 625 demandes d’asile déposées cette année-là en France ont été acceptées.

Les propos de Jordan Bardella contiennent aussi une approximation sur la définition du migrant économique. Le Rassemblement national les accuse de venir en France uniquement dans le but de profiter des aides sociales. Pour Yves Pascouau, chercheur à l’Institut Jacques Delors, et président du site European Migration Law, il s’agit « d’une simplification politique ». Le but ? Opposer le ‘bon migrant’ à celui qui ne serait pas digne d’être protégé. « La définition du migrant économique est bien plus vaste, précise-t-il. Elle désigne un chercheur ou un travailleur hautement qualifié. »

• « Il faut lutter contre la submersion migratoire », estime le programme de Debout La France.

FAUX – C’est une idée qui revient souvent dans les programmes des candidats de la droite et de l’extrême-droite. Une obsession même. Le programme de Nicolas Dupont-Aignan (DLF) parle à trois reprises de « submersion migratoire », tandis que celui des Républicains compte 18 occurrences du mot « immigration ». L’Europe va-t-elle faire face à une vague migratoire ? Le pic de franchissements irréguliers des frontières européennes a été atteint en 2015 selon l’agence Frontex. Depuis, les chiffres sont en constante baisse. L’année dernière, 150 000 personnes environ sont arrivées, contre 1,2 million il y a 4 ans.

Les mots qui reviennent le plus souvent dans les programmes hostiles à l’immigration quand vient la question des réfugiés.

Les candidats respectifs des Républicains et de DLF parlent d’une explosion démographique à venir sur le continent africain. Une thèse de l’ouvrage de Stephen Smith, La Ruée vers l’Europe, où il est écrit que les immigrés subsahariens devraient représenter 25% de la population européenne en 2050. François Héran, démographe et professeur au Collège de France, a démonté cette théorie. Le spécialiste explique qu’en général, les populations d’Afrique subsaharienne partent 70% du temps dans un autre pays de la région. Selon lui, elles représenteront au plus haut 3 à 4% des habitants du vieux continent en 2050.

• « Il faut atteindre l’effectif de 10 000 garde-frontières et garde-côtes au sein de Frontex » pose le programme Renaissance.

DÉJA VOTÉ PAR L’UNION EUROPÉENNE – Durant la campagne, les candidats sont nombreux à avoir affirmé leur envie de renforcer la sécurité des frontières extérieures de l’Europe. La liste de la majorité présidentielle souhaite la présence de 10 000 gardes. Or, il s’agit d’une mesure proposée par la Commission européenne en septembre 2018, puis approuvée par le Parlement et le Conseil en avril dernier. Elle sera pleinement effective d’ici 2027. Son application ne dépend pas des résultats aux élections.

Yves Pascouau s’étonne de voir les propositions qui visent à renforcer les frontières dans les programmes des candidats : « Les candidats profitent du fait que leurs électeurs se sentent éloignés de la question européenne. On veut faire croire que rien n’a été fait, alors que tout est déjà dans les tuyaux. » Depuis 2015, l’agence Frontex a été renforcée, notamment financièrement, par les institutions européennes. « L’aspect sécuritaire est celui qui a connu le plus d’avancées, concernant la question migratoire » conclut Yves Pascouau.

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