« Paroles de Mineurs non accompagnés » : écrire pour être cru

Psychologue dans un centre éducatif, Cécile Flaget a voulu raconter les parcours d’exil de jeunes migrants africains, d’abord pour légitimer leur vécu, ensuite pour porter un autre regard sur l’immigration.


La Rédaction


L’ouvrage « Paroles de Mineurs non accompagnés » porte en filigrane une réflexion sur la légitimité de la parole. Crédit illustration : Gaspard Njock

« Je m’appelle Moussa, j’ai 16 ans, je suis malien. Ou ivoirien. Ou guinéen ». Ainsi s’ouvre le premier ouvrage de Cécile Flaget, psychologue en centre éducatif et professionnel. « Paroles de MNA (Mineurs non accompagnés) » est la somme de dix parcours croisés de jeunes migrants que Cécile Flaget a pu accompagner. Elle y raconte leur exil, leur souffrance, leur résilience, leur espoir aussi. Son dessein ? « Faire entendre la voix de ces jeunes pour leur dire ‘moi je vous crois’ ».

Car cet ouvrage porte en filigrane une réflexion sur la légitimité de la parole. « Quand ils arrivent en France, ils sont perdus, parfois malades. Leur identité est bafouée. Lorsqu’ils prennent le fameux zodiac pour traverser la Méditerranée, les passeurs les exhortent à jeter leur papier d’identité à la mer. Embarquant sans document, c’est l’ensemble de leur identité qui se retrouve niée, jusqu’à leur propre nom. Parvenus sur le territoire français, ils sont sommés de raconter à l’envi leur histoire dans l’espoir d’être pris en charge. Sans cesse, ils répètent leur parcours et n’ont jamais l’impression d’être cru. Les juges, les évaluateurs, les français remettent en cause leur parole », insiste Cécile Flaget.

L’idée de « Paroles de MNA » est née au gré des entretiens obligatoires qu’elle mène à l’arrivée des jeunes dans ce centre éducatif, situé en Franche-Comté. La psychologue témoigne aussi de la difficulté à établir un lien de confiance avec ces mineurs non accompagnés, tant ébranlés par les épreuves. « Lors du premier entretien, ils ne se livrent pas. Il faut un temps d’adaptation. Alors, on s’apprivoise. Je leur explique que je ne suis pas docteur, que je ne leur ferai pas de prise de sang, de piqûres. Il faut leur donner confiance pour qu’ils verbalisent », explique-t-elle ainsi posément.

La professionnelle pratique également la relaxation avec les MNA. « Cela les détend et participe à soulager leurs souffrances ». Et remarque que l’écriture de ce livre a constitué une « thérapie » pour elle aussi. Lorsqu’ils ont appris que leur psychologue avait consigné sur papier leur parcours, les jeunes, d’abord surpris de cet intérêt se sont ensuite montrés « heureux et fiers » de cette démarche, dit-elle.

A présent, avec la publication de ce livre, Cécile Flaget entend aussi sensibiliser le grand public à ces parcours de vie, espérant que l’on change enfin de regard sur ces jeunes migrants.

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