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Génération identitaire : et une dissolution qui marche

Ce 3 mars, le groupe d’extrême droite Génération identitaire a été dissous en Conseil des ministres. Le 11 février dernier, le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin affichait déjà sa volonté de mettre fin au groupuscule fondé en 2012 par le militant Damien Rieu, tant il « incite à la discrimination, la haine et la violence».

Un article d’Alexandre Châtel/ Illustration : Oriane Sebillote pour Paris d’exil


Alors que l’association Génération identitaire se présente comme un mouvement « défendant les identités locales, régionales, françaises et européennes », (…) elle « promeut en réalité une idéologie incitant à la haine, à la violence ou à la discrimination des individus à raison de leur origine, de leur race ou de leur religion », a insisté ce 3 mars le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, annonçant qu’il venait d’être dissous en Conseil des ministres.

« Mission Pyrénées »

Comptant sur un contingent d’à peine 800 militants, ce groupe relève d’une idéologie nationaliste, blanche, néofasciste et islamophobe, martèlent spécialistes et journalistes. Le mouvement et ses membres ont déjà été confrontés à la justice, notamment pour « provocation à la discrimination raciale ou religieuse ». 

La déclaration du ministre de l’intérieur fait notamment suite à l’action “anti-migrants” menée le 19 janvier par Génération identitaire dans les Pyrénées, qui a mis en place des équipes de surveillance « pour aider les forces de l’ordre à sécuriser nos frontières ».Si le groupe défend la parfaite légalité de son action, l’opération menée était avant tout médiatique. Et les élus et responsables locaux de parler d’actions « purement symboliques qui ont mobilisé inutilement les forces de l’ordre, les détournant de leur mission de surveillance de la frontière ».

Esthétisation de la polémique

La force du groupe ne provient pas de ses effectifs, mais de sa capacité à générer une attention médiatique forte. Il s’était déjà illustré en incitant à la haine raciale lors de la construction d’une mosquée à Poitiers en 2012 ou en militant contre le mariage pour tous en 2013.

Plus récemment, en juin 2020, ils avaient déployé une banderole « White Lives Matter » sur un toit place de la République, au cœur de Paris, lors d’une manifestation contre les violences policières. 

Le mouvement ne dispose pas d’une base idéologique solide au niveau intellectuel. Il pratique un amalgame volontaire entre immigration, population musulmane et terrorisme. Mais, ses opérations suivent une stratégie marketing répétée – action brève, slogans marquants et stratégie de victimisation – et efficace.

Après chacune de ses actions, le groupe argue en effet de sa volonté de ranimer le débat autour de la liberté d’expression.

De la remise en cause de la liberté d’expression

Le projet de loi dit « séparatisme » qui a pour objectif de renforcer les principes de laïcité a été adopté en première lecture le 16 février dernier à l’Assemblée nationale. L’extrême droite et les dirigeants du Rassemblement national s’y sont beaucoup opposés, considérant qu’il n’était pas assez radical.  

Marine Le Pen et Jordan Bardella ont fortement critiqué la décision de dissolution de l’association, pour apporter leur soutien et fustiger une « atteinte aux libertés fondamentales ». Similairement, l’essayiste d’extrême droite Eric Zemmour, lui-même condamné à trois reprises pour incitation à la haine raciale, a dénoncé « un scandale indigne »

A gauche, de nombreux collectifs n’ont cessé de critiquer l’usage de la violence physique et verbale du groupe. Des violences réelles, comme lorsque Génération identitaire s’était introduit dans les locaux de SOS Méditerranée en 2018. 

Reste que cette dissolution vient encore accroître l’exposition médiatique d’un groupe xénophobe, qui, insistons bien, ne compte que 800 membres.