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    Face à la percée de l’AfD, la crainte d’une normalisation des discours anti-immigration

    En Saxe-Anhalt, l’AfD confirme sa progression et gagne du terrain dans le paysage politique. Entre inquiétude et besoin d'élan solidaire.

    À Stuttgart le 20 janvier 2024, de nombreux·ses manifestant·es se rassemblaient dans le cadre des protestations « Tous·tes ensemble contre l’AfD ». Une pancarte est brandie : « Plus jamais, c'est maintenant » / Pexels, Dominic Türk.

    « Remigration », « paradis de l’asile ». Voilà les termes qui apparaissent dans le programme du parti d’extrême droite allemand Alternative für Deutschland (AfD). 

    Avec 43,8 % des voix, l’AfD se place, le 6 septembre dernier, aux portes d’une majorité absolue en Saxe-Anhalt. Une première depuis 1945.

    L’Allemagne est un pays fédéral et ses élections régionales sont décisives. Les politiques menées dans ses 16 « Länder » façonnent son visage national en impactant directement le « Bundesrat », la chambre haute du Parlement fédéral. Celle-ci est justement constituée des représentants des gouvernements régionaux de ces « Länder. » 

    En Saxe-Anhalt comme ailleurs, les électeurs votent pour les membres de leur Parlement régional, le « Landtag ». Une fois le Parlement en place, ses membres élisent un ministre-président qui va constituer son gouvernement. Lors de ces élections, l’AfD a remporté 39 sièges sur 83, ce qui en fait donc le premier parti du Landtag.

    « Dans ce Land, nous avons écrit l’histoire », tonnait la tête de liste du parti, Ulrich Siegmund sur le plateau de la télévision ZDF le soir du vote. Pourtant, l’AfD est loin d’avoir gagné. N’ayant pas eu de majorité absolue à trois sièges près, il lui reste à constituer un gouvernement avec d’autres partis. 

    Et justement, un cordon sanitaire est formé par la quasi-totalité d’entre eux : le parti de gauche Die Linke, dont la candidate Eva von Angern qualifie le jour de vote comme un « jour noir », Die Grünen, le SPD de l’ex-chancelier Olaf Scholz et la CDU de Friedrich Merz, qui essuie justement un échec cuisant à cette élection avec un résultat de 17,2 %. Sa tête de liste, Sven Schulze a d’ailleurs déclaré qu’en 25 ans de participation politique, il n’avait « jamais vécu de telles élections. »

    Le seul parti qui pourrait envisager une coalition avec l’AfD semble être le BSW, récent parti « conservateur de gauche » de Sahra Wagenknecht qui flirte comme l’extrême droite avec des idées pro-russes et anti-immigration. Sa candidate Claudia Wittig a affirmé que le parti « pouvait s’imaginer mettre en place certains projets aux côtés de l’AfD. »

    Pour Undra Dreßler, directrice générale de LAMSA, réseau qui fédère les associations de personnes issues de l’immigration de Saxe-Anhalt, un sens des responsabilités de la part du reste de la classe politique est attendu : « Les partis démocratiques ont pour mission de trouver des solutions politiques viables sans pour autant normaliser davantage les discours d’extrême droite ni faire des personnes issues de l’immigration les boucs émissaires des problèmes sociaux et structurels. La Saxe-Anhalt n’est pas isolée du reste du pays. Lorsque la dignité humaine est remise en cause, il ne s’agit pas d’une question purement régionale. » 

    L’immigration au coeur de la machine

    L’identité de l’AfD est apparue plus distinctement au moment de la crise migratoire de 2015. Depuis, le programme du parti gravite autour de cette question. En 2024, une réunion tenue secrète et révélée par le média d’investigation Correctiv avait fait scandale : des membres de l’AfD, des figures du néo-nazisme allemand ainsi que certaines personnalités de la CDU s’étaient retrouvés pour discuter d’un plan de « remigration » que le chancelier Merz qualifie comme « le synonyme d’un nettoyage ethnique en fonction de l’origine et de la couleur de peau. » Parmi eux, figurait justement Ulrich Siegmund.

    En se présentant, l’homme de 35 ans a d’emblée annoncé la couleur : « Expulser dès la première minute ! (Abschieben ab Minute 1!) ». Son programme régional « Vision 2026 » est particulièrement fourni en cette matière, comme en témoigne le chapitre « Immigration et remigration » et ses 43 propositions.

    Celles-ci sont titrées par des formulations particulièrement radicales que soulignent d’intempestifs points d’exclamation :

    « Obliger les demandeurs d’asile et réfugiés au travail d’intérêt général ! »

    Mesure n°14 du chapitre « Immigration et remigration »

    « Utiliser l’IA à la place de travailleurs issus d’autres cultures ! »

    Mesure n°28 du chapitre « Immigration et remigration »

    « Suspensions immédiates des admissions sur le territoire national pour les ressortissants de pays non membres de l’UE ! » 

    Mesure n°9 du chapitre « Immigration et remigration »

    Aussi radicales soient-elles, ces propositions dépassent pour la plupart les compétences du Land et se heurtent au droit constitutionnel allemand ainsi qu’au droit européen, comme le pointe l’institut de recherche sur la paix et la politique de sécurité de l’université de Hambourg.

    Ce qui est en jeu aujourd’hui, ce n’est donc pas tant leur application que la fenêtre d’Overton qui se déplace de plus en plus dans l’esprit des citoyen·nes allemand·es et européen·nes. Pour Undra Dreßler, « Les discours d’extrême droite et hostiles à l’immigration ne datent pas de cette élection. (…) La République fédérale doit se demander si elle peut accepter que les limites qui existaient jusqu’à présent soient progressivement et définitivement repoussées. »

    L’AfD est constamment accusée de jouer avec ces limites au point que la question de l’interdiction du parti fasse à nouveau débat depuis dimanche.

    « La coopération au sein de la société civile est pour nous essentielle » 

    Pour l’association, la priorité est de faire en sorte que la société civile se sente suffisamment concernée pour s’imposer comme une force à part entière : « La coopération au sein de la société civile est pour nous essentielle. Elle remplit une fonction démocratique autonome et doit rester capable d’agir même lorsque le contexte politique devient plus difficile. »

    D’ici un mois, le nouveau Parlement régional se réunira. Les partis devront trouver une majorité capable de former un gouvernement régional. Un défi particulièrement délicat pour les autres formations, qui risquent, en cas d’échec, de voir l’AfD renforcer encore sa position lors d’un éventuel nouveau scrutin. Avec trois sièges supplémentaires, le parti pourrait alors atteindre la majorité absolue et ne plus se contenter de rester sur le pas de la porte.

    Tout cela restant hypothétique, l’association LAMSA reste prudente et s’en tient à ses missions : continuer de mettre en place des projets d’accompagnement, de médiation linguistique et de lutte contre la discrimination pour les personnes issues de l’immigration. « Notre travail ne perd pas de son importance, bien au contraire, il en gagne. Il est plus que jamais important d’informer les communautés de réfugiés du résultat et de ses éventuelles répercussions de manière précoce et objective », déclare Undra Dreßler. 

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