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Bangladesh : affamées, des ouvrières du textile manifestent en plein confinement

Au Bangladesh comme dans de nombreux pays du monde, l’heure est au confinement. Ordre du gouvernement. Pourtant, dans les rues de Dacca, ce sont des milliers d’ouvrières du textile qui ont manifesté cette semaine. Elles réclament le versement de leurs salaires, suspendu au nom des annulations de commandes des grandes marques occidentales de la fast-fashion. Le pays, en bout de chaîne des délocalisations est aussi l’un des plus vulnérables face au coronavirus.

La rédaction – Photo : Kelly Lacy/Pexels


Depuis plus d’un mois, les magasins de vêtements sont fermés et les boutiques en ligne sont boudées par les consommateurs qui n’achètent que des produits de première nécessité. Au Bangladesh, deuxième atelier textile du monde, les commandes plongent, les usines s’arrêtent, les travailleurs sont mis à la porte, et les salaires ne sont pas payés. La faute au coronavirus ? La faute plutôt aux grosses marques de prêt-à-porter, celles qui pèsent plusieurs millions de dollars et qui refusent de payer leurs commandes.

Primark, C&A, Tesco, Walmart… Ces grandes enseignes, qui se livrent essentiellement dans ce pays d’Asie du Sud-Est, ont repoussé ou tout simplement annulé pour au moins 3,1 milliards de dollars de commandes auprès des fabricants. 3,1 milliards de dollars qui ont un impact direct sur la survie de plus de 2,26 millions de travailleurs, principalement des femmes, estime l’Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA), interrogée par le New York Times.

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“A humanitarian crisis is unfolding in #Bangladesh, with the fate of 4.1 million #garmentworkers in the hands of western fashion brands, who have reportedly cancelled over $2.8 billion in orders as the #COVID19 crisis escalates.” The True Cost Of Brands Not Paying For Orders During The COVID-19 Crisis by Brookes Robert-Islam, Forbes, March 2020. #Retail stores are closing around the world in response to the #coronavirus pandemic and many brands were refusing to accept completed orders, cancelling orders previously placed and refusing to pay for raw materials already purchased by the supplier. Public outcry meant that the list of non-paying brands has got shorter – but some of the biggest players on #highstreets around the world continue to hold out, leaving over a million #workers without income or severance pay. For workers with no ability to put food on the table, let alone cover medical expenses, and who live on the knife edge of poverty, this is devastating for themselves and their families. We call for the brands to pay their #supplychain workers what they owe them. FASHION, PAY UP! #fashionpayup #payupfashion #payup #garmentworkers #climatejustice #socialjustice _______________________________________ This is the list of brands who have _____________________NOT committed to pay: Primark @primark C&A @ca Mothercare @mothercareuk Bestseller @bestseller.com Tesco @fandfclothing Kohl’s @kohls walmart @walmart LPP @discoverlpp @showroomlpp JCPenney @jcpenney Gap @gap __________________HAVE committed to pay:** Inditex Kiabi PVH VF Corp H&M Marks & Spencer Target **Some of the brands that have committed to pay, still haven’t specified a date for planned payments! WE WILL BE UPDATING THESE LISTS!

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« Nous sommes affamées »

Âgées pour la plupart d’une vingtaine et d’une trentaine d’années, ces ouvrières ont manifesté toute la semaine, enfreignant l’ordre de confinement imposé depuis le 26 mars. Lundi et jeudi, elles ont bloqué les routes menant à la capitale et occupé certains quartiers. Nombreuses sont celles qui n’ont pas été payées depuis plus de deux mois. « Nous sommes affamées (…). Si nous n’avons pas de nourriture dans notre estomac, à quoi bon suivre le confinement ? Nous sommes plus inquiets de la faim ou du paiement de notre loyer que du virus », explique ainsi Brishti, l’une des 800 employés de la manufacture Tex Tailors à l’AFP.

« Notre situation est apocalyptique », a déploré au New York Times, Rubana Huq, présidente de la BGMEA. Une enquête menée fin mars par le Center for Global Workers Rights auprès de 316 propriétaires d’usine le confirme bien : à cause des annulations de commandes et des refus de paiements, au moins 1,2 million de travailleuses avaient déjà été renvoyées ou temporairement suspendues. La majorité n’ayant pas reçu de salaire ni d’autres compensations en raison de la législation locale.

Une aide de 530 millions d’euros jugée dérisoire

« Il faut se rendre compte que pour les marques, cette crise peut réduire leurs profits, mais ici au Bangladesh, les ouvriers n’auront plus de nourriture, ne pourront plus payer leur loyer ou se soigner », résume en quelques mots à RFI Kalpona Akter, directrice du Centre pour la solidarité des travailleurs.

Pour tenter d’atténuer la crise sociale qui gronde, la Première ministre du pays, Sheikh Hasina, a annoncé fin mars la mise en place d’une aide de 530 millions d’euros, destinée à payer les salaires des ouvrières. Un chiffre qui semble dérisoire, « les entreprises mondiales du secteur de l’habillement, les donateurs et les institutions financières internationales devraient unir leurs forces et déployer d’urgence des efforts avec des organisations de défense des droits des travailleuses pour aider ceux qui touchent de faibles revenus pendant la crise COVID-19 », a déclaré Aruna Kashyap, conseillère juridique senior à la division Droits des femmes de Human Rights Watch.

Le coronavirus, une bombe à retardement

Officiellement, il y aurait actuellement plus de 1.500 cas confirmés et 60 décès du Covid-19 au Bangladesh. Mais, officieusement, il y en aurait beaucoup plus. Depuis plusieurs semaines, le parti au pouvoir est accusé par des journalistes, des médecins, des professeurs, des étudiants de « dissimuler des informations », explique Libération.

Les prévisions sont pourtant effrayantes : un mémo des Nations unies rédigé avec le gouvernement a fuité et indique que l’épidémie pourrait causer entre un demi-million et 2 millions de morts dans le pays si des mesures n’étaient pas prises pour contrôler le virus, indique le quotidien. Vulnérabilité des personnes, manque de matériel, de lit dans les hôpitaux, de personnel soignant, le Covid-19 est une véritable bombe à retardement.

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