Alors que la France plonge plus en avant dans un cycle protestataire mené par le mouvement des lycéens depuis mi-septembre, la sortie des « Misérables » au cinéma sonne comme un écho brillamment orchestré bien que fortuit. Le sort des calendriers aura voulu que le roman socio-historique français le plus connu au monde trouve un nouveau souffle dans la France de cette fin 2026.
Des conditions d’apprentissage difficiles
Etudiants désabusés par des conditions plus ou moins inquiétantes selon les territoires, notamment en raison de l’absence de remplacement des professeurs, parfois pendant toute l’année scolaire. La lourdeur des emplois du temps mais aussi les incohérences du système Parcoursup font partie des éléments de tension ayant provoqué ce mouvement parti initialement de Saint-Denis. Les étudiants dénoncent le manque d’entretien de certains bâtiments engendrant des conditions d’apprentissage difficiles. L’été dernier, certains établissements avaient dû faire passer des épreuves du bac dans leur parking souterrain en pleine canicule, les bâtiments n’étant ni équipés de climatisation, ni conçus pour repousser les fortes chaleurs.
« C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches. »
Victor Hugo
Voilà la phrase qui ouvre les trois heures de long métrage durant lesquelles la vie de l’ancien bagnard Jean Valjean (Vincent Lindon), croisera celle de Fantine (Noémie Merlant), Cosette (Megan Northam), des Thénardier (Camille Cottin et Benjamin Lavernhe de la Comédie-Française) mais aussi et surtout celle du colonel Javert (Tahar Rahim), incarnation absolue de la justice rigoriste et intransigeante.
Ce que cette histoire a de plus actuel qu’il n’y paraît est bel et bien l’interprétation du bien et du mal : quel est le véritable endroit de la justice? C’est également une histoire de pouvoirs au pluriel : la monarchie, les bourgeois et le petit peuple incapable de se payer une miche de pain. Alors que les lycéens manifestent leur lassitude, leur colère et inquiétudes pour leur avenir, leur mouvement s’avère sévèrement réprimé par les forces de l’ordre, ayant entraîné jusqu’à la perte d’un membre pour un jeune manifestant de 15 ans notamment. D’autres cas de blessures graves incluent la perte d’un oeil ainsi qu’une mâchoire fracturée. Les universités ont aussitôt suivi, bloquant les entrées des établissements. Ce 17 Octobre, les syndicats notamment la CGT annonce rejoindre les manifestations si les conditions sont réunies pour le faire. Des annonces non vérifiées à ce jour indiqueraient également que le mouvement des gilets jaunes pourraient participer à cette mobilisation due au blocage des prix du carburant à la pompe depuis plusieurs mois. La question de Jean Valjean au colonel Javert ne peut alors que retentir : « Vous ne pensez pas, inspecteur, que c’est la misère qui pousse les gens à la faute ? »
Une France de plus en plus pauvre
La misère, si elle n’est pas similaire à celle de 1862, est un mot que l’on peut néanmoins utiliser aujourd’hui en France, avec un taux officiel de pauvreté de 15,4% en 2026 selon l’INSEE. Cela concerne près de 10 millions de personnes, soit près d’une personne sur six dans l’hexagone, avec un seuil fixé à 1337 € par mois. Ce taux, historiquement élevé, donne la température du climat social actuel en France où depuis 2020, les prix à la consommation ont augmenté d’environ 20 %. Une inflation cumulée qui continue de peser sur le pouvoir d’achat, particulièrement celui des ménages les plus modestes.
En habile orateur et fervent défenseur des droits humains et sociaux (d’où sa loyauté historique au réalisateur engagé Stéphane Brizé), Vincent Lindon a su, lors de l’avant première des « Misérables », rappeler de quoi il était ici question : de réalité, parfois invraisemblable, de vérité, à une époque où l’on semble vouloir l’altérer quotidiennement et d’un peuple, uni dans le désir de vivre dignement.
« Les Misérables » de Fred Cavayé est en salles actuellement.
