L’irlandais le plus irrévérencieux du cinéma a encore frappé : après « The Banshees of Inisherin» il y a quatre ans, Martin McDonagh revient avec ce que l’on peut qualifier d’oeuvre la plus aboutie. Une dentelle d’écriture, un casting, comme à son habitude, haute couture, un rythme réglé au cordeau et un humour dont peu de scénaristes au monde savent faire preuve. Dans « Wild Horse Nine », c’est un John Malkovich au sommet de son art que l’on retrouve en agent mourant de la CIA, décidé à faire fi des convenances usuelles affairantes à sa fonction, à commencer par la discrétion. 1973, lors de son dernier voyage au Chili quelques semaines avant le coup d’état de Pinochet, Chris rêve de voir les moaïs de l’île de Pâcques. Accompagné de Lee (Sam Rockwell), son acolyte et garant de ses éventuelles maladresses, Chris aura à coeur de tout déballer avant le grand voyage.
Démocraties déstabilisées, corruption, résistance, secrets d’état, fin de vie, amitié masculine, culture autochtone, jusqu’à l’assasinat de JFK : tout est brillamment exploré dans l’oeuvre de l’année. Un moment aussi jouissif sur grand écran n’arrive que quelques fois dans une décennie, et ce moment arrive aujourd’hui.
Pendant ce temps, en Corée
Il ne faudra absolument pas s’arrêter au chef d’oeuvre de McDonagh, car dans une salle juste à côté, une autre expérience cinématographique aussi exceptionnelle qu’attendue se doit d’être vécue, et ce depuis le 28 octobre dernier. Le coréen Na Honh-jin nous a fait attendre 10 ans avant de retrouver son génie sur la grande toile. Tout comme son très réussi « Strangers » en 2016, l’intrigue de « Hope », sélectionné au dernier festival de Cannes, implique un village isolé, des meurtres sauvages, une enquête policière aux fraises et un phénomène inexpliqué. À cela près que cette fois, la réalisation du cinéaste est chargée d’une adrénaline quasi extraterrestre. On retrouvera d’ailleurs le couple hollywodien Michael Fassbender et Alicia Vikander dans le rôle des aliens.
L’humour fait également partie intégrante de cette oeuvre de 2h40 de laquelle on sort revigoré, débordant d’énergie, sans aucune sensation de longueur. Chaque minute est frappée tantôt d’action pure, tantôt de tension. Mais de quoi parle-t-on réellement dans « Hope » ? D’altérité, définitivement, et des dérives liées à l’ignorance et à la peur de l’autre, dont les conséquences dramatiques affectent jusqu’au-delà de la Terre. L’attente valait la peine, faites-vous ce cadeau.
« Quelques mots d’amour », enfin
S’il vous reste de la place après tant d’action, de sarcasme et d’excellence, alors le dernier long métrage du français Rudi Rosenberg sera la meilleure manière d’apaiser un esprit préoccupé par l’actualité dense et difficile de notre pays. Parmi les multiples injustices auxquelles l’humain doit faire face le long d’une vie, il y a celle contre laquelle aucun combat ne saurait être victorieux : l’amour de l’autre. Poussée à son paroxysme, cette injustice d’un parent envers son enfant reste l’une des blessures les plus profondes de n’importe quel individu. Avec délicatesse, le réalisateur, à qui l’on doit l’une des mythiques publicités Intermarché, dépeint la recherche effrénée par Abigaëlle de l’amour d’un père, absent depuis sa naissance. Sa mère Erika (incarnée par Hafsia Herzi), décide de l’accompagner dans cette recherche aussi nécessaire que douloureuse.
Guiti avait rencontré l’actrice française au dernier festival de Cannes.
« Wild Horse Nine », « Hope » et « Quelques Mots d’amour » sont actuellement en salles.
