Cinéma français cherche bon script sur récit migratoire

Il nous fait voyager, rire, pleurer, réfléchir, et nous choque aussi parfois. Produit d’une époque, un film véhicule toujours un message, une idéologie, à travers son histoire. D’où, son rôle éminemment capital, voire structurant au sein de nos sociétés. Mais précisément, quel rôle joue le cinéma dans le regard que nous portons sur l’immigration et les réfugiés en France ? A quelques exceptions près, le sujet semble être rarement abordé. Guiti News a interviewé trois acteurs du monde cinématographique pour en savoir plus.

Leïla Amar et Mortaza Behboudi


« Le cinéma doit faire exploser tous ces clichés malsains qui font de l’immigré notre ennemi, au lieu d’en faire notre semblable et notre richesse », interpelle Radu Mihaileanu, réalisateur français d’origine roumaine.


« Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout », s’enthousiasmait Jean-Luc Godard. Mais « de tout » , vraiment ? Comment le cinéma français se plait-il à représenter les récits d’immigration ?

Pour Thomas Baurez, la réponse est simple : il ne le fait pas. Ou très rarement. D’après ce journaliste cinéma, qui officie à Première et à France 24, le septième art ne fait pas son « devoir ». « Comme toute autre forme artistique, le cinéma doit finalement représenter la société, dans toute sa diversité. A partir du moment où il n’y a qu’un seul regard, sur un seul type de personnes, le cinéma manque finalement à son rôle », insiste-t-il. Et de poursuivre : « C’est essentiellement en France un cinéma parisien pour parisiens, ce qui est bien dommage ».

A la recherche d’une autre subjectivité

Thomas Baurez, journaliste cinéma

Ce manque de représentation, est selon Thomas Baurez, lié à une frilosité des professionnels du secteur :

« Il y a une responsabilité de la part non seulement des cinéastes, mais avant cela, de la part des producteurs, qui en France ne prennent pas le risque de défendre des longs métrages qui sortent des clous, des formats habituels », continue le journaliste.

Un seul film récent, couronné par la critique, échappe d’après Thomas Baurez, à cet écueil : Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin. « La cérémonie des Césars était assez intéressante cette année, puisqu’elle a commencé par trois prix pour ce film (Césars du meilleur espoir féminin et masculin et césar du meilleur premier film ndlr). Shéhérazade raconte l’histoire d’amour entre deux jeunes issus de l’immigration des quartiers nord de Marseille » . Avant de nuancer : « mais, c’est l’arbre qui cache la foret ! »

« La réalité c’est que derrière, ceux qui sont vraiment en compétition, ce sont des films mastodontes, réalisés par des blancs avec des blancs », assène-t-il.

Cette analyse de la rareté dans la représentation est partagée par Radu Mihaileanu, réalisateur français d’origine roumaine. Ce dernier appelle à changer de regard sur les immigrés, pour les rendre « à nouveau humains », pour les comprendre « à travers leur subjectivité ».

Car, le réalisateur du Concert et de la Source des femmes en est persuadé. C’est bien là aussi, la raison d’être du septième art, quand il participe à la déconstruction des stéréotypes.
« Le cinéma doit faire exploser tous ces clichés malsains et tous ces a priori qui font de l’immigré notre ennemi, au lieu d’en faire notre semblable et notre richesse ».

Survivre à l’exil à travers le cinéma

Et, qu’en est-il des acteurs eux-mêmes ? Ceux qui ont connu l’exil à cause de leur art ? Comment raconter le déracinement, sans être cantonnés à cela ?

Mila Kavani est une comédienne iranienne arrivée en France en 2011, pour y demander l’asile politique. « Je voulais venir en France pour continuer mon métier d’actrice. Pourquoi ? Tout simplement parce que je rêvais de jouer sans voile. Je rêvais d’être une actrice comme partout dans le monde », explique-t-elle.

« On quitte l’Iran pour suivre nos rêves, et puis ici désormais, on rêve d’Iran » , appuie l’actrice Mina Kavani.

C’est après avoir joué dans un film pendant la révolution iranienne en 2009 que Mina Kavani a du se résoudre à quitter l’Iran. « Ce film de la réalisatrice iranienne Sepideh Farsi met en scène une histoire d’amour entre une jeune fille et un homme plus âgé qu’elle. Une histoire qui voit s’affronter deux visions différentes de la situation politique en Iran. Quand le long-métrage est sorti, nous avons évidemment été attaqués par la presse iranienne. Depuis, je suis exilée en France ».

Mina Kavani aspire désormais à surmonter, à « survivre » à son exil grâce à ses activités artistiques. Mais, elle s’inquiète également de la persistance des clichés sur les réfugiés et veut donner à voir une réalité plus complexe et plurielle. Son rêve ? « Ne pas être condamnée à être exilée ».

Quant à Radu Mihaileanu, il insiste sur une production cinématographique qui assume son humanisme. « Mon histoire personnelle, mais je crois que cela est valable pour tous les réalisateurs au monde, a façonné ma façon de faire des films. Certains pensent qu’ils sont à l’abri d’émigrer un jour… Or, l’on voit bien aujourd’hui que les conditions économiques, climatiques, le bouleversement du monde en général, font qu’à tout moment, tout un chacun peut se trouver sur une route et désirer un jour être accueilli par quelqu’un d’autre ».

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