«Au-delà de la forêt, le monde», ou comment parler de la migration aux enfants

Raconter comment des enfants sont jetés seuls sur les routes de l’exil. Raconter leur désarroi, leurs inquiétudes, leurs espoirs aussi. C’est bien là le dessein de la compagnie portugaise Formiga Atomica, qui avec sa pièce « Au-delà de la forêt, le monde », met en scène le voyage initiatique de Farid, jeune garçon afghan de douze ans, qui tente de gagner l’Angleterre. Sa version française, portée par les comédiennes Anne-Elodie Sorlin et Emilie Caen, se joue actuellement au Théâtre de la Ville à Paris.

Abdallah Hassan et Nina Gheddar


Photo : Emile Zeizig /ADLFLM

Une carte du monde, des valises, des jouets d’enfants, une théière… Sur scène, les objets se déploient et se croisent comme autant de témoins métonymiques et symboliques de l’exil. Les deux actrices, elles, restituent tour à tour, de façon polyphonique, le récit à la fois véridique et imaginé de Farid : les étapes du voyage, son courage et ses peurs.

« On ne se rend pas compte à quel point c’est dur pour les enfants, et c’est bien de le voir à travers une pièce de théâtre. Là, c’est simple à comprendre. On s’attache au personnage, on a de l’empathie pour lui. » « Les réfugiés cela reste un sujet qui fait polémique aujourd’hui. Avec cette histoire très touchante, on bénéficie d’un point de vue qu’on ne nous donne pas tous les jours. » Des mots comme autant de réactions émues et concernées d’enfants cueillis après la représentation « d’Au-delà de la forêt, le monde », le 15 mars dernier.

Car cette pièce a été conçue pour une jeune audience, afin de la sensibiliser à la question migratoire, en humanisant ces trajectoires de vies, à la fois singulières et universelles. Le parcours de Farid résonne en effet comme celui de millions d’autres migrants et réfugiés contraints de quitter leur pays.

Ce sont ces similitudes du chemin de l’exil qui ont frappé Abdallah Hassan, journaliste à Guiti News. « Tous les individus qui sont jetés sur les routes voyagent de cette façon : on ne sait jamais exactement où l’on va atterrir le lendemain ou le jour d’après. On espère simplement ne pas croiser la route de la police pour ne pas être renvoyé dans son pays d’origine. »

Adolescent, Abdallah quitte le Tchad pour rejoindre la Libye : « Tout ce qui a été raconté, je l’ai vécu. Tout. J’ai traversé la mer, je suis resté deux mois à Calais. J’ai essayé d’aller en Angleterre. En vain. Quand Farid se fait voler son passeport, cela m’a beaucoup parlé aussi. Cette angoisse. Ce passeport que l’on ose jamais montrer, de peur d’être déporté. Les péripéties avec les passeurs ont également fait écho à ma propre histoire, de même que la traversée de la Méditerrannée. Sur le bateau, j’avais conscience que celui-ci pouvait couler à tout moment. J’avais en tête les images de migrants noyés en mer. »

Pour la compagnie Formiga Atomica, ces tragédies individuelles doivent être mises en lumière. « La situation de millions d’enfants réfugiés dans le monde incarne bien le paradoxe suivant : alors que nous édulcorons les histoires pour enfants, beaucoup d’entre eux sont jetés dans des traversées d’horreur », insiste Miguel Fragata, l’un de ses membres et metteur en scène de la pièce. L’histoire de Farid, comme celle d’Abdallah, comme celles de milliers et de milliers d’autres enfants, sont terribles, épiques et poétiques, et leur restitution est en effet plus que jamais nécessaire.

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