Après Marock et Rock the Casbah, la réalisatrice marocaine installée en France a décidé de s’éloigner des territoires qu’elle filme habituellement pour s’aventurer dans les tristement célèbres serres espagnoles. « Les Fraises« , séléctionné dans la catégorie Un Certain regard au festival de Cannes, nous emmène au cœur d’un camp de travailleuses marocaines dans le sud de l’Espagne, venues chercher de quoi gagner dignement leur vie. Plus elles remplissent de cagettes de fraises, plus elles gagnent d’argent, mais c’est sans compter la domination absolue exercée par le chef du camp.
Donner une voix aux invisibles
Dans « Les Fraises« , Laila Marrakchi dépeint brillamment la réalité de centaines de milliers de travailleur.euses étranger.es : âpres conditions de vie, absence de cadre légal, violences psychologiques et physiques et privation totale de droits fondamentaux. Quatre femmes s’entassent dans une petite baraque, quelques photos accrochées à leur morceau de mur, un sac contenant ce qu’elles ont pu emporter et une multitude de rêves et d’espoirs qu’elles garderont pour elles.
Les silences occupent une place essentielle dans le film de Marrakchi, comme souvent le cas dans l’expérience de l’exil. Loin de chez elles, certaines espèrent réunir assez d’argent pour construire une maison au pays ; d’autres ont fini par rester des années durant, au point de ne probablement jamais revenir. Tant que leur salaire parvient à leurs proches, elles regardent ceux qu’elles aiment grandir à travers l’écran d’un téléphone portable.
Une réalité cachée derrière les serres
À mesure que ces femmes disparaissent du quotidien de leurs familles et deviennent presque invisibles aux yeux du reste du monde, dissimulées dans les serres le long de routes interminables, les mains dans la terre dès l’aube, c’est tout le goût des fraises que nous aimons tant déguster qui se dissipe avec elles. Marrakchi a choisi de leur donner une voix. Message reçu cinq sur cinq. On ne mangera plus jamais les fraises de la même manière.
Guiti a rencontré la cinéaste au 79ème festival de Cannes.
